mardi 31 juillet 2018

Ce qui ne suffit pas


C'est un mardi soir, début juillet. G. rentre dans quelques heures. Une petite fille s'est endormie il y a peu, après le récit de Ponyo sur la falaise (une version personnelle, qui se clôt savamment après l'épisode des ramen : malgré son appétit, Ponyo est trop fatiguée pour terminer son bol, elle n'arrive plus à tenir ses baguettes, Sosuke et sa maman la couchent sur leur canapé et replient sur elle une couverture rose pâle... Vous voyez l'idée).
Il reste quelques parts de pizzas délicieuses, vestiges d'une soirée joyeuse, tous les trois. Je les saisis dans le four très chaud, je glisse les triangles brûlants sur une planche en bois, je m'installe dans mon bureau. Il fait encore jour et très doux, j'ouvre grand la fenêtre, l'air du soir sent bon. Assise en tailleur sur le tapis, j'attaque une part de pizza tout en installant un podcast. Cette position, cette activité, écouter la radio assise par terre en mangeant quelque chose de grandement satisfaisant, me replonge chaque fois en un instant à ma vie d'étudiante. C'est agréable et précieux, l'un des rares aspects de la vie sans G. à laquelle je suis indéfectiblement attachée.
Ainsi, j'écoute Edouard Louis chez Marie Richeux. A un moment, il explique qu'il écrit pour tous ceux qui ne peuvent pas parler (en l'occurrence les ouvriers, qui ne disposent pas des moyens nécessaires pour évoquer leur existence, leur condition) et je m'aperçois alors que mon travail, celui de psychiatre, et de psychanalyste, consiste à écouter, avec une attention particulière, les gens parler d'eux, de leur vie, de ce qu'ils ne pourraient dire à personne d'autre, et à amener ceux qui n'en ont pas l'habitude (et ce ne sont pas forcément des ouvriers), à le faire, et que cela puisse leur être bénéfique. J'aime bien ce travail.
Il ne reste bientôt plus que quelques miettes de pizza, je grignote des fraises. Cultivées avec soin près de la maison, elle sont délicates et parfumées. Je me demande alors, à la suite d'Edouard Louis, pourquoi j'écris, ce que j'attends de l'écriture, pourquoi cela me tracasse de n'être pas publiée, pourquoi ce que je fais pour les gens, chaque jour au cabinet et pour de longues années encore, ne me suffit pas.
Quand j'écris, j'ai toujours à l'esprit la petite fille que j'étais et pour qui le livre, en tant qu'objet, était le meilleur des compagnons, le meilleur des doudous, le meilleur des voyages, un organe vital extérieur à moi, et même une raison de vivre finalement (il y avait tant de livres à lire qu'il fallait espérer mourir vieux). Quand j'écris, je pense aussi beaucoup à l'adolescente que j'étais, à la conscience que j'avais de ne pas être au bon endroit, à la bonne époque, mais sans bien savoir quelle issue était possible et comment la trouver. L'existence même de cette issue me paraissait hypothétique. Avant de le découvrir au travers du cinéma, c'est d'abord la littérature qui me laissait apercevoir que la vie, la mienne, pourrait être différente. Que d'autres personnes avaient pu ressentir avant moi la violence de la solitude, du mal-être, de l'impatience, et qu'elles avaient su trouver les mots pour le dire, tellement précisément que sans me connaître, elles parlaient pourtant de moi.
Si j'écris, si j'essaie d'écrire, c'est pour cela. Pour qu'un jour, quelqu'un (oui, une personne suffirait) en me lisant, puisse se sentir si bien compris qu'il en soit profondément et durablement consolé.
Pourtant, je sais par expérience que cet effet recherché sur l'autre, j'y parviens au cabinet, dans le secret des séances (en écrivant cela, je me rappelle d'un jour très lointain, j'étais très jeune et G. était encore interne. Nous flânons dans les rues de Rennes quand un garçon nous interpelle et salue G., qu'il remercie très chaleureusement pour ce qu'il lui a apporté, en tant que patient. Cette rencontre m'avait beaucoup remuée. J'espérais qu'un jour, il puisse m'arriver la même chose et je voulais être un médecin suffisamment bon pour cela. Des années plus tard, je constate que c'est arrivé bien des fois et je m'aperçois, que cela ne suffit pas).
Je voudrais tant, je rêverais tant, que ce ne soit pas par l'intermédiaire d'un rendez-vous et d'un savoir-faire clinique que les gens puissent ressentir quelque chose lié à ce que j'aurais pu exprimer. Je voudrais que ce soit par hasard, qu'ils aient traîné, comme je le fais si souvent, entre les tables et les rayons d'une librairie et qu'ils aient aimé le titre du roman, qu'ils aient lu la phrase en quatrième de couverture, qu'ils aient commencé le premier chapitre et qu'il leur a paru indispensable de savoir la suite. Je voudrais qu'ils décident d'acheter le livre (même s'il coûte un peu cher pour eux, même s'ils ont un autre roman en cours, même s'ils ont peu de temps pour lire), qu'ils rentrent avec, puis qu'au fil des pages, ils aient l'impression que j'ai écrit pour eux, pour eux seuls, comme si j'avais eu connaissance de leur vie, et qu'ils en soient heureux.
Cet effet sur l'autre, accessible par la clinique, me semble tellement plus désirable s'il est lié à l'émotion artistique, la surprise de la rencontre, ce moment qu'on n'explique pas et qu'on n'oublie jamais.

dimanche 8 juillet 2018

Prendre un train vers la côte...


Deuxième nuit à l'hôtel Claska. Je dors mal bien que la soirée ait été délicieuse. Il y a un restaurant microscopique à quelques pas de l'hôtel. Comme souvent au Japon, l'enseigne est discrète quand elle n'est pas inexistante, l'endroit est à peine éclairé, on compte trois tables et autant de places au comptoir, mais dans l'assiette, c'est absolument foudroyant. Souvent aussi, les personnes qui travaillent dans ces endroits-là (une mère et son fils, un garçon et son amoureuse...) sont d'une somptueuse gentillesse ou au moins d'une douce courtoisie. J'étais donc ravie mais il n'empêche que quatre heures après ce moment gracieux, je ne dors toujours pas. Je m'éclipse même dans la salle de bains pour lire en espérant m'endormir, tant pis si c'est sur le parquet. Ça ne fonctionne pas du tout. Je retourne me glisser dans le lit immense. J'écoute la pluie battre les vitres. Evidemment, je pense à Lost In Translation. Je pense aussi à une petite fille, je calcule l'heure à laquelle elle doit être en train de vivre sa propre vie, j'ai le cœur qui se serre un peu. D'une façon symptômatique, j'ai sans cesse peur de mourir quand je suis loin d'elle. C'est sur cette idée épuisante que je finis par m'endormir.

A peine quelques heures plus tard, calme olympien dans la belle salle du petit-déjeuner, j'en oublie mon insomnie. Les matins à l'hôtel Claska sont sereins et élégants. Tout est feutré et subtil. Le granola est servi en fines plaques croustillantes, à rompre délicatement au-dessus du yaourt inondé de fruits frais, l'omelette au ketchup est délicieuse. J'ai grand appétit après la nuit un peu rude. Dehors, c'est comme dans les histoires de Miazaki : une pluie drue qui coupe l'espace, qui perforerait presque les trottoirs, un vent terrible et un ciel densément gris. Aucune envie de se presser, je commande un deuxième latte (ma vie sans caféïne me paraît désormais n'être qu'un très lointain souvenir). Pourtant, il ne s'agit pas de traîner. Pour être le soir même à Uno, comme prévu, il faut se rendre à la gare de Tokyo, prendre un shinkansen pour Okayama puis un petit train pour Uno, d'où partiront les bateaux qui relient Naoshima et Teshima. J'ai rêvé de ce périple pendant des années.
La réceptionniste de l'hôtel Claska, coupe de cheveux et anglais tout aussi parfaits, nous apprend que la pluie provoque une pénurie durable de taxis et que le plus simple pour rejoindre la gare serait de prendre un bus dont l'arrêt se situe, dit-elle, à quelques centaines de mètres, à côté du Lawson, la chaîne locale de supermarché. Je regarde nos deux grosses valises, je regarde le paysage détrempé, je regarde ma veste pas du tout imperméable et je regarde G. Dans ce genre de situation, il endosse parfaitement le rôle du leader à la Wes Anderson et nous voilà bientôt partis, chacun à l'abri d'un immense parapluie transparent (un objet iconique si j'en crois ces deux voyages au Japon). La pénibilité du transfert ne nous empêche pas de nous arrêter dans une boulangerie croisée en chemin, alléchés par les petites brioches à l'azuki ou à la custard, selon les préférences de chacun.
Tout s'est bien passé, et nous avons même le temps de choisir un bento pour le train (le principe de l'ekiben pourrait pour moi se résumer ainsi : l'excitation prévaut largement la dégustation).
A Uno, j'avais réservé une chambre dans un hôtel dont chaque chambre portait le nom d'un réalisateur et, heureux hasard, nous occupions la Ozu Room, vaste et avec vue. Je ne savais pas encore que l'hôtel avait aussi le bon goût de proposer, au petit-déjeuner (un moment décidément crucial en voyage), des petits sandwiches tièdes, au pain maison, garni d'un œuf sur le plat, de cheddar et de bacon, avec cette inimitable petite touche japonaise qui transcende tout. A toute heure de la journée, on pouvait aussi savourer du très bon café (je m'aperçois en l'écrivant que c'était vraiment un petit paradis), des scones maison encore chauds (chocolat blanc-citron ou chocolat noir) ou une salade revigorante, pleine de légumes, de petites graines et de fruits secs, servie avec une sauce magique.Je garde une grande affection pour cet hôtel, et pour Uno, dont les rues qui se coupent à angles droits sont parsemées de petits lieux charmants, comme autant de bonnes surprises. Parmi eux, un restaurant qui s'appelle Osakaya Shokudo. Un restaurant de cinéma aussi, où l'on se sent bien dès la porte coulissante franchie. On y boit du thé à l'orge grillé en examinant le menu. C'est le papa qui cuisine, la maman assure la finition des assiettes et le service, avec leur fille. C'est effectivement une cuisine familiale, simple, savoureuse, rassurante, que l'on apprécie d'autant plus que les dîners à l'Osakaya Shokudo surviennent après des longues journées, de train ou de randonnée. C'est un endroit chaleureux et tendre, sincère et gourmand (pour tout dire, nous y sommes allés deux fois avec le même plaisir).
A bord du bateau de 8h10 qui partait pour Naoshima, je remarque tout de suite un garçon qui voyage seul. Lui remarque plutôt l'appareil argentique à mon épaule. Il en a un aussi, muni d'une sangle épaisse, en corde tressée, et il transporte un gros sac à dos en toile kaki, qui laisse penser qu'il reste dormir sur l'île. Il me paraît très étrange d'entreprendre seul ce pèlerinage et en même temps, c'est divinemement mystérieux, et bien sûr, j'imagine immédiatement qu'il vient oublier un chagrin amoureux alors que si ça se trouve, il écrit simplement une thèse sur l'art contemporain au Japon. Il m'intrigue et je l'observe du coin de l'oeil mais je suis vite emportée par autre chose. La nature environnante d'abord, les méduses qui ondulent tout le long du trajet en bateau, puis, une fois débarqués, les idées géniales de James Turell, Lee Ufan ou Tadao Ando. Simplicité apparente, minimalisme, rigueur, textures, poésie de la pierre et de la lumière. En fin d'après-midi, au terme du périple, je retrouve le garçon croisé sur le bateau en train de photographier la citrouille de Yayoi Kusama. Recueilli et concentré, il reste là un certain temps. De notre côté, nous avons raté le dernier bus mais un chauffeur bienveillant nous fait monter quand même, en compagnie d'un pêcheur à la ligne, et nous sommes à nouveau bientôt à l'embarcadère pour le retour. Sur le ferry, des touristes chinois grignotent de brochettes. Je suis fourbue et ravie.
Le lendemain, nous partons pour Teshima. L'installation de Christian Boltanski m'émeut moins finalement que le bord de mer qui l'abrite mais le moment de félicité ultime, l'expérience indispensable et inoubliable, c'est vraiment la rencontre poétique de Rei Nato et Ryue Nishizawa dont l'installation au milieu des rizières me trouble encore des semaines après. C'est l'un des plus beaux endroits qu'il m'ait été donné de voir, de vivre.

dimanche 3 juin 2018

Happy days


Les jours qui précédèrent le départ pour Amsterdam, je ruminais un peu. J'éprouvais encore le spleen propre aux retours du Japon (à peine une semaine plus tôt) mais j'étais aussi inquiète pour le voyage à venir. Je craignais que le vol se passe mal (récits mille fois entendus de bébés vomitifs et vagissants), que la location soit décevante, que nous trouvions la ville ennuyeuse avec un enfant, bref, j'avais peur que ce soit nul. Dans la valise, entre les gourdes de compote et les mini lunettes de soleil, je glisse Jean Echenoz et Jean-Paul Civeyrac puis la veille du départ, je croise les doigts.
Pour mettre fin rapidement au suspense, je dirais très simplement que ce fut une très belle semaine.
Ma petite fille adore l'avion (et feuilleter les Cahiers du Cinéma donc plus aucun doute, c'est bien mon enfant!) et je me souviendrai longtemps
- de son regard devant une vidéo de Marina Abramovic en train de se massacrer le cuir chevelu. Elle commenta, pensive, Dame bobo peigne 
- de son expression de satisfaction après la première bouchée de glace au gianduja (je recommande fortement de choisir un appartement à De Pijp rien que pour pouvoir fréquenter assidûment Massimo Gelato car, quel que soit l'endroit du monde, il est entendu que les meilleures glaces sont définitivement celles des Italiens. Enfin, talonnées de près par les glaces japonaises)
- de son goût immodéré pour les pizzas avec des champignons dessus
- de la terrasse de Glouglou, une cave à vins natures, qui sert aussi des rillettes, du bon fromage et des œufs mayonnaise, trois denrées pas du tout consensuelles mais particulièrement appréciées par les petites filles (ce sont les vacances, il sera bien temps de revenir aux carottes à la vapeur - qu'elle repousse discrètement sur le bord de son assiette...)
- des oranges pressées sirotées à la paille dès que l'occasion se présente
- de son attention devant le bain des éléphants le jour où j'ai consenti à aller au zoo
- des sandwiches de Box Sociaal (de la mayonnaise à la sriracha!) et de la façon dont elle a conquis son petit public, remportant ainsi un délicieux morceau de millionaire's shortbread à croquer debout face au comptoir
- de sa joie au parc et sur les trottoirs Moi cours vite !  (une rengaine)
- des petits plats de chez Foodies, un traiteur italien somptueux où l'on peut aussi dîner sur l'unique table d'hôtes en écouter des 33 tours
- d'une photographie du centre-ville de Lourdes à la Huis Marseille
- des yaourts au granola, des fraises et des tomates cerises (les indispensables des menus d'un enfant de presque deux ans).
Surtout, j'ai éprouvé un sentiment inédit, un genre de révélation. Ça commençait comme un moment de tristesse, une peine intérieure, car j'avais bien conscience, en longeant les canaux, du genre de vacances que nous aurions passé là avec G., toutes ces journées ensoleillées pendant lesquelles nous aurions arpenté la ville librement de cafés en librairies en musées en terrasses avant de rentrer nous coucher hyper tard. Je sais très précisément à quoi ces vacances auraient ressemblé et elles auraient probablement été très douces mais j'étais aussi obligée de constater qu'en vivant des moments différents, et avec un enfant, j'éprouvais un certain bonheur, très pur, et que cette joie, réelle, vivante, était plus forte que le vague chagrin qui pleurait un film que je ne vivais pas, que j'avais déjà vécu, et pour la première fois de ma vie, après une douzaine d'années de psychanalyse, je constatais en vrai, du haut de ma structure d'incurable névrosée, que le réel pouvait vaincre l'imaginaire dans ce qu'il peut imposer d'heureux. Je n'en reviens toujours pas.

mardi 13 mars 2018

J'aime sa solitude


Pendant que G. partait skier, j'ai lu M Train de Patti Smith, acheté à toute vitesse au Relay de l'aéroport de Nantes par peur de manquer de lecture (je n'avais pas eu le temps de me pencher de façon rigoureuse sur la question et j'avais simplement emporté avec moi Annie Ernaux en Quarto dont j'avais quasiment déjà tout lu, L'un l'autre de Peter Stamm qui n'est vraiment pas très épais, des articles de Marguerite Duras, un roman français absolument ennuyeux dont je préfère taire le titre et Home cooking de Laurie Colwin, une lecture aussi délassante qu'un bon bain chaud).
J'ai lu M Train en grande partie au tea-room de Champéry en buvant des cappucino et dans le train qui reliait Champéry à Lausanne où se tient au musée de la photographie une très belle exposition sur les lignes. J'ai été étonnée, émue et troublée par le fait que Patti Smith et moi avions un certain nombre de passions communes (G. dirait "et en premier lieu un goût pour les choses perdues, passées, et les écrivains qui se sont suicidés." Certes.)
Comme moi, Patti aime les cafés, le pain complet, la photographie argentique, Akira Kurosawa, les premiers romans d'Haruki Murakami, Sylvia Plath, les soeurs Brontë et les spaghetti préparés avec trois fois rien (par exemple, des oignons verts, de l'ail, une boîte d'anchois). Elle ne sait ni nager ni conduire. Elle s'émeut du goût d'un beignet fourré à la pâte d'azuki. Il lui arrive de prendre des polaroïds parfaits et de les perdre. Et quand elle va au Japon, elle ne manque pas de se rendre sur la tombe de Yasujiro Ozu, à Kamakura. Ce que j'espère bien faire dans moins de deux mois maintenant.

samedi 3 mars 2018

Conte d'hiver


Nous venions de passer quelques jours en bord de mer avec elle. Elle s'était délectée de rouleaux de printemps à l'araignée, de pain chaud, de soupe au lait de soja et aux palourdes, de homard poché dans du bouillon japonais, de chou rouge beurré, de jus d'ananas, de petites cuillères de chocolat chaud et de risotto aux épinards. En revanche, la galette jambon-fromage du Breizh Café n'a rencontré aucun succès (j'avoue qu'elle n'était pas terrible).
Puis nous avons fait d'autres bagages, d'autres valises, et nous sommes partis chez mes parents. Il y avait du curry de poisson, des légumes fermentés maison absolument délicieux, des langoustines, du poulet à la mangue, au miel et au gingembre et des perles de tapioca au lait de coco. Elle a arrangé ses petites affaires dans leur salon, trouvé un verre pour y déposer ses feutres, trouvé une nouvelle façon aussi de nommer ses grands-parents et le lendemain, sur le seuil de leur porte, elle nous a embrassés et nous a fait au revoir de la main pendant que je m'engouffrais à toute vitesse dans la voiture, prétextant la neige fondue qui s'écrasait partout. Je n'avais surtout pas envie qu'elle voie mes yeux mouillés.
Nous avions décidé avec G. de passer une semaine à la montagne, quelque part dans les Alpes suisses (je devrai cependant attendre un peu pour aller à Sils Maria). Je n'étais jamais partie en classe de neige, la question avait été posée pour la rentrée de CM2 mais ç'aurait été un cauchemar. Je n'étais pas du tout physique et je n'aimais pas assez les gens pour partager l'intimité que cela impliquait forcément. A l'époque, j'avais aussi l'idée imaginaire que les sports d'hiver étaient réservés à une certaine élite fortunée à laquelle j'étais loin d'appartenir (très exactement le Courchevel de Florent Marchet). Faire du ski, de la luge, et le soir se retrouver autour d'une raclette, d'une cheminée et d'une partie de scrabble relevait pour moi d'un scénario de science-fiction. Pendant ce temps, à des centaines de kilomètres de là, chaque année et parfois à deux reprises, G. partait avec ses parents dans le chalet des Pyrénées. Il skiait, mangeait des sandwiches au saucisson et au fromage, buvait des chocolats chauds et adorait ça. Depuis quinze ans, il n'avait plus éprouvé ces sensations-là, rares moments heureux d'une enfance plus nuancée, et j'avais envie qu'il puisse les retrouver. Très tôt, il m'en avait fait la promesse, un jour j'irai aussi à la montagne (simplement je ne savais pas bien si j'en avais vraiment envie).
A cause des intempéries, notre vol a été considérablement retardé et il a bien fallu s'occuper. Nous avons lu ensemble et avec consternation la presse nationale, nous avons goûté un crumble aux pommes, une salade de boulgour au houmous de kale, à la butternut et à la grenade, nous avons discuté, discuté, discuté, j'ai fini par aller acheter deux macarons (qui se sont révélés délicieux), puis j'ai ouvert mon précieux nouveau numéro des Cahiers du Cinéma qui pose une question essentielle : pourquoi le cinéma ? Et très précisément : pourquoi est-ce qu'on préfère le cinéma ? Qu'est-ce qu'on y trouve ? Pourquoi est-ce qu'on passe tant de temps à voir des films ? L'éditorial de Stéphane Delorme expose tranquillement mais fermement les enjeux de ces questions.
Puis, à peine quelques pages plus tard, il écrit un article magnifique et troublant intitulé La corde sensible. Je suis tellement terrassée par sa beauté (oui, j'exagère à peine), sa sincérité et son courage, que je relis chaque paragraphe plusieurs fois, j'en fais même la lecture à G. J'y retrouve très précisément ce que je pense, ce que je vis, c'est vraiment ma corde sensible. Stéphane Delorme, adolescent, était fan du Grand Bleu et de L'Empire du Soleil, et puis un jour il a vu Gens de Dublin et en a éprouvé une telle secousse intérieure que sa vie a changé (et qu'il a voulu l'affiche du film dans sa chambre).
Je me souviens des pas des chevaux dans la neige, de l'ambiance chaleureuse et feutrée, de danses qui s'arrêtent et reprennent, de regards détournés, à la fois d'un endroit où on veut être et en même temps d'un malaise diffus, qui devient tristesse et désastre (...) le cinéma ce peut être ça. Cet enfant de 14 ans a été emporté encore plus loin que dans n'importe quel voyage interstellaire. Je suis bouleversée par ce passage. A peu près au même âge, j'éprouvais une passion sans limite pour Le cercle des poètes disparus et puis un jour j'ai vu Conte d'été et ce choc éprouvé par Delorme, ce tremblement intérieur qui fait que plus rien, jamais, jamais ne sera comme avant, je le connais par coeur. C'est ma vie. Et quand il parle de la façon dont Nathalie Wood porte la main à sa tempe dans Splendor in the grass, et de la façon dont il ressent cela, c'est comme si je m'entendais parler de ces détails infimes du cinéma qui impriment en moi quelque chose de très fort, d'unique, et souvent d'impartageable. Je poursuis l'article. Ce qu'il dit sur l'émotion, les fêlures, le sentiment de l'existence, m'est tellement familier, importe tellement, que dans le terminal bondé de voyageurs impatients, je me mets à pleurer. Et puis arriva l'heure d'embarquer.
Nous sommes arrivés très tard à destination, tout était noir autour de nous mais la pleine lune éclairait de façon surnaturelle et féérique les champs enneigés. On distinguait aussi les toits blancs des chalets, les silhouettes fuselées des sapins.
L'appartement est joli et accueillant, du bois partout et du mobilier seventies, du carrelage fleuri dans la salle de bains, de la vaisselle jaune moutarde et une suspension orange dans la salle à manger, mais il était presque minuit, nous n'avons pas dîné, tout est fermé et rien d'autre dans la valise qu'un paquet de granola bio et du thé japonais. Nous sommes affamés. Nous commençons à explorer les placards. Il y a des spaghetti Barilla, de la bonne huile d'olive, de la fleur de sel, du poivre du moulin, une boîte de thon à l'huile (mais aussi de la pâte de curry, de la cannelle, des épices à pain d'épices, du basilic séché...). Je prépare des sphaghetti au thon, bien poivrés. On met les couverts sur la grande table en bois. Il dira Merci, parce que c'est vraiment bon.
C'est comme ça que commencèrent ces premières vacances à la montagne.
Il y a plusieurs années, j'ai fait un rêve dont j'ai parlé vingt fois sur le divan car il m'avait rendue infiniment heureuse, comme rarement le permet l'activité onirique. Dans ce rêve, je suis rédactrice aux Cahiers du Cinéma. On me demande de partir à Prague, sans doute pour y faire un état des lieux des cinémas locaux. Je demande très timidement à un garçon qui travaille aussi à la rédaction et pour qui j'éprouve une affection secrète s'il veut partir avec moi. Il dit oui et précise J'ai toujours rêvé voir Prague sous la neige avec toi.
Entre autres choses, je sais que cette scène est l'écho d'une autre promesse de G. faite il y a très longtemps, peut-être même au début de notre rencontre. Il avait dit qu'un jour il m'emmènerait voir l'Acropole sous la neige parce qu'Athènes en plein été, c'était vraiment une mauvaise idée.
Dans le lit du chalet perdu dans les Alpes suisses, avant de m'endormir ce premier soir, je repensais à tout cela. Au garçon endormi près de moi et qui comprenait si bien, et depuis si longtemps, ma corde sensible.



mercredi 17 janvier 2018

La vie caféïne


Après quelques mois à vivre auprès d'un tout petit enfant, il fallut se rendre à l'évidence, nous ressentions une fatigue jusqu'à présent inédite. De ce constat découla une nouvelle nécessité : la consommation de café. Ainsi, très tôt le matin, pour ne réveiller personne à la maison et pour être à l'heure à la première séance (car certains vont chez l'analyste dès huit heures... ), je traverse à grands pas la place de la Mairie puis, place de la République je commande un café au lait au garçon toujours d'excellente humeur dans sa petite camionnette blanche. Je rentre alors à toute vitesse au cabinet en humant l'air frais et vif du petit matin, le gobelet chaud entre les mains. Deux minutes plus tard, bien installée dans mon fauteuil, je savoure une première gorgée de café. J'ai appris à aimer ça.
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C'est une petite fille qui peut écouter une vingtaine de minutes de lecture avec une attention soutenue tout comme elle peut m'arracher des mains le roman en cours en me lançant un regard las et vaguement exaspéré. Parfois nous la surprenons, adossée à son gros coussin, feuilletant intensément un livre sans images (ces temps-ci, Matilda de Roald Dahl).
C'est une petite fille qui peut dévorer de l'avocat au citron, une purée panais-patate douce ou du poulet rôti, comme elle peut recracher un biscuit maison (et réclamer un petit-beurre industriel - mais biologique, ouf). Elle aime par dessus tout le chèvre frais, les langoustines, les poires, le yaourt nature, la brioche, la patate douce et la compote de mangue. La saison des mirabelles fait son bonheur. Le donburi à la poitrine de cochon caramélisée, parfumée au sésame et au gingembre de chez IMA, l'a conquise. Ne parlons pas des galettes aux oeufs de poisson de sa mamie (qu'elle appelle madie).
Quand nous dînons toutes les deux, nous écoutons parfois France Culture. Entre deux bouchées de purée, je ponctue l'émission par mes propres remarques, parce que je ne suis pas toujours d'accord. Une fois, un morceau de hip-hop retentit. Elle s'immobilise immédiatement et me dévisage C'est quoi ce truc ? semble-t-elle dire. C'est aussi de la musique.
D'une manière générale, quand une chanson interrompt les intervenants radiophoniques, elle manifeste immédiatement une attention très particulière. Malheureusement pour elle, je chante très mal. C'est par ailleurs une adepte de Fauré, Bach, Liszt et Chopin. Et Peggy Lee.
J'ai été très démunie face à la question de l'habillement et elle a passé les premières semaines de son existence assez souvent en pyjama. Je reste à la fois sceptique et épatée par les photos de nourrissons très joliment habillés, avec des choses compliquées et précieuses. Je trouvais déjà bien difficile de ne pas se tromper dans le boutonnage d'un simple pyjama (j'ai été rassurée quand j'ai lu dans le roman de Valérie Mréjen qu'elle considère cette activité comme nécessitant effectivement une certaine concentration. Valérie Mréjen m'apparaît pourtant comme une fille plutôt très manuelle, une qualité indispensable me semble-t-il avec un nourrisson. Vous comprenez mon désarroi). Puis c'est elle, avec son caractère et ses attitudes (ainsi que la fréquentation assidue de divers sites concernant la question, j'avoue) qui a guidé le choix de sa garde-robe, que j'aime maintenant étoffer et contempler. Couleurs douces, imprimés fleuris, jolies matières, intemporalité, je suis presque jalouse. Bon, comme je ne veux pas non plus y passer des heures, j'ai quelques marques fétiches et je m'y restreins, c'est plus simple comme ça.
Je me souviens que la veille de l'échographie qui devait annoncer de façon certaine le sexe de l'enfant à venir, j'ai tout simplement passé une nuit blanche. J'étais terrorisée à l'idée de devoir m'occuper, dans tous les sens du terme, d'un petit garçon. Avoir un grand frère a longtemps été un rêve mais avoir un fils relevait de l'impossible. Le lendemain, dans l'obscurité de la salle d'examen, une silencieuse larme de joie, de soulagement, de douce félicité, dévala lentement mon visage.
Ses grands yeux sombres, bordés de longs cils, sont assez fascinants.
On a beau avoir l'habitude des gardes de 24 ou 36 heures passées debout à écouter, examiner, téléphoner, expliquer, rassurer, recoudre, prescrire, justifier et courir sans cesse, quand votre enfant se réveille pour la deuxième fois dans la même nuit, on est soudain absolument épuisé. La contrepartie du supplice enduré (sortir de son lit chaud et douillet pour traverser tout l'appartement vers la chambre de l'enfant) tient tout entier dans ce moment où vous sentez ce petit corps tiède comme une brioche ramollir contre vous, la tête enfouie dans le creux rassurant formé par votre cou et votre épaule. Délicieux. Heureusement.
J'aime la voir regarder avec curiosité les photos d'elle, alors microscopique bébé.
Quand elle croise un chien ou un chat dans la rue, elle le désigne de sa petite main tendue. "Graou, graou" fait-elle alors à l'attention de l'animal.
Il y a quelques années, j'ai assisté à une conférence d'Alain Bergala sur le thème de la jeune fille au cinéma. Il n'y a pas eu d'hésitation dans sa voix quand il a développé l'idée qu'avec la maternité, la jeune fille renonçait définitivement à sa légèreté et à sa grâce éthérée pour devenir une chose flasque. Dès lors, son visage s'empâtait, son menton se lardait de gras, ses bras ramollissaient, c'était l'horreur, d'autant que la terrible métamorphose n'était pas seulement physique. En effet, les nouvelles préoccupations de notre jeune mère (kilos de langes, kilos de lait chante Albin de la Simone, plus empathique que Bergala) la rendent forcément stupide. Elle n'a plus le temps, plus l'envie, plus l'énergie, la pauvre, de lire, de réfléchir, et encore moins d'aller au cinéma. J'étais à la fois effarée et gênée d'être un peu d'accord avec ce misogyne de Bergala, car j'avoue que j'ai toujours trouvé que les jeunes femmes de mon entourage, une fois devenues mères, s'étaient discrètement affaissées. J'avais pitié de leur allure pataude, incommodées par leur poussette qui me paraissait gigantesque. Dans ma construction imaginaire, les femmes qui avaient un enfant affirmaient qu'elles étaient femmes (et non pas jeunes filles, nuance) et avouaient aussi par leur statut qu'elles avaient renoncé à une vie intéressante (comment un enfant pouvait-il être plus intéressant qu'un film ou un roman ? Je demandais à voir). J'avais donc terriblement peur que Bergala ait raison sur toute la ligne et moi qui m'étais toujours considérée comme une éternelle adolescente, je faisais des cauchemars de ramollissement et de décrépitude généralisée. Ça m'a vraiment beaucoup tracassée (surtout l'histoire du menton).
Plusieurs mois plus tard, je traversais la ville à grandes enjambées. Je revenais de Petite Nature avec dans les bras un sac en papier brun renfermant une summer box (des boulettes végétales, du riz complet, des crudités et une sauce spéciale) et un jus tout frais. C'était une très belle journée. J'ai croisé ma silhouette dans une vitrine. Je n'en revenais pas, c'était la même qu'avant, elle était même plus légère qu'avant. Le même long manteau, les mêmes tennis, la même jupe, les mêmes cheveux. Le même menton. Je me suis régalée de mon déjeuner à la maison, et à 15h, il y avait une séance pour le dernier Depardon. J'avais pris ma revanche sur Bergala.*
Au printemps, nous louons une petite maison à Belle-Ile. Pas parfaite du tout mais nous nous sommes terriblement amusés. Souvenirs de gâteau aux pommes, crêpes, pâtes aux sardines, pommes de terre sautées, cheveux au vent, biberon au milieu des ajoncs, déjeuner chez Renée et discussions enflammées avec G., campagne électorale oblige.
Souvenir aussi de Bordeaux en juillet, bras nus dans la poussette, petites bouchées de sorbet mangue ou de crème glacéee chocolat, petit-déjeuner-brioche en terrasse.
Pendant nos trajets en voiture, nous écoutons La tribune des critiques de disques. Elle adore. Malheureusement, l'émission n'a pas d'effet anti-émétisant systématique.
Souvent je m'inquiète que d'une manière générale, sa vie ne soit pas assez bien. Et puis je pense à ma vie d'enfant, abondamment nourrie à la télévision et aux raviolis Buitoni (et autres horreurs adorées : knackis, crêpes jambon-fromage surgelées, ramen en sachet, cordon-bleus et purée en flocons... C'était moderne pour ma maman), jamais de musique classique, ni de musée, ni de théâtre, ni de vacances, le cinéma très tard et très mauvais au départ... Ceci n'a pas empêché cela, plus tard.
C'est une toute petite fille très vive, joyeuse, pleine d'entrain. Rien a voir avec l'enfant apathique que j'étais.
Vincent Delerm reprend Géant D'Alain Chamfort. Je suis terrassée par l'émotion. La chanson commence "Elle a trois ans, je suis fou d'elle" mais elle dit surtout "Quand on est aimé, on peut tout faire je crois". J'y pense, quand, harassée de fatigue ou préoccupée, je lave un enfant, soigneusement, je l'habille, installe une couche, prend soin de sa peau, de ses cheveux, de son repas (du poisson à la vapeur, de la purée de patate douce, une poire en morceaux, un bon yaourt), lis des histoires, joue à cache-cache, regarde des images en nommant les choses, donne un biberon, berce, cajole, fait un spectacle de peluches, alors que j'aurais simplement envie d'aller justement écouter des chansons de Vincent Delerm en regardant le plafond, et qu'on ne me dérange pas.
Un jour, une jeune femme m'arrête dans la rue. "Excusez-moi, est-ce que je peux vous demander d'où vient..." Autrefois, il s'agissait de mon manteau ou de ma robe mais cette fois-ci, cela concernait le gros paquet de couches biologiques que je portais à bout de bras...
L'un des ses jeux préférés du moment est de monter sur notre lit dont nous surveillons chacun un côté puis, au milieu de mille acrobaties, de se jeter alternativement dans chacun de nos bras en riant aux éclats. C'est assez euphorisant.
En fin d'été, nous déjeunons avec elle à Bercail. Le restaurant est étroit et au moment du départ, la manoeuvre de la poussette requiert une certaine dextérité (que je n'ai évidemment pas, être manuelle comme être face B. demande de l'entraînement). A la table ronde près de la sortie, une jeune femme que je ne connais pas vraiment mais avec qui nous échangeons un sourire et un salut à chaque fois que nous nous croisons, déjeune avec son compagnon et leurs deux enfants. Je ne lui ai jamais parlé mais il y a une reconnaissance l'une de l'autre (nous fréquentons les mêmes cantines, nous portons la même robe A.P.C, etc). Je m'excuse au moment du passage de la poussette car l'un d'eux est obligé de se lever pour nous laisser passer. Je suis gênée par ma gaucherie et mon encombrement mais cette jeune femme dit avec un ton qui m'émeut "Je vous en prie. Je comprends tout à fait". J'avais l'impression que ce n'était pas du tout une parole en l'air.
Je suis longtemps restée intranquille, et sans doute le suis-je encore, à propos de tout ce que je n'arrive pas à envisager de faire avec un petit enfant. Je regarde ces mamans qui font de longs voyages avec un bébé, ou simplement qui déjeunent seule au restaurant avec lui. Je m'en sens parfaitement incapable. Et pour tout avouer, je n'en ai pas très envie. J'aurais l'impression d'être accaparée, même si le petit enfant est adorable, calme, joli, tranquille, il sera là et je ne pourrai pas rêvasser, lire, savourer, je serai gênée. Je sais que cela est lié à l'état de "bébé" et je suis impatiente de l'à-venir, celui du langage en premier lieu, des voyages lointains, des restaurants autrement que sur une chaise haute, des conversations après le cinéma... Je me demande souvent quels seront ses goûts et ses choix. Le suspense de sa personne en devenir me tient en haleine.
Régulièrement, pendant les vacances scolaires, elle passe sept-dix jours chez mes parents et nous retrouvons, le temps d'un road-trip en Italie ou de quelques jours au bord du lac de Côme, cette ambiance très singulière d'une vie à deux. Alors j'éprouve un vertige, le vague regret d'une vie que je n'aurai plus alors même qu'elle n'a pas disparu puisque je suis en train de l'éprouver. L'un n'empêche pas l'autre, c'est même l'un qui a permis et qui permet l'autre. Quand on est aimé, on peut tout faire je crois.
Et pour l'écriture, on a dit Ne jamais abandonner...


*en réalité, je suis davantage l'ado d'Albin de la Simone (légère obsession depuis que je l'ai vu en concert) que la jeune fille de Bergala...

lundi 4 décembre 2017

La vie est (presque) la même

C'est l'évocation d'une glace au café par l'un de mes patients absolument passionné par Proust qui suscita mon envie immédiate de relire La recherche.


Un mercredi soir, pendant l'une des ces discussions particulières qui précèdent le sommeil, j'évoque avec grand enthousiasme un souvenir de la journée écoulée.
- Aujourd'hui en séance un enfant m'a fait le plus beau compliment qu'on puisse me faire !
- Hmmmmmm... (mélange de curiosité, d'encouragement et de reproche discret devant cette saillie narcissique)
- Il a dit : "Quand tu parles, on dirait du Proust ! " (j'en avais encore des étoiles dans les yeux)
- Tu veux dire qu'il trouve que tu fais des phrases interminables et incompréhensibles ?


J'ai trop ri pour lui en vouloir.
A très bientôt pour un nouvel épisode des Poppies !

dimanche 4 décembre 2016

She's like a rainbow


C'était début juillet.
Les jours précédents, j'avais visionné tous les films du coffret Ozu. J'avais aussi préparé des petits cakes à la banane avec de la farine de sarrasin et de l'huile de coco. Je les grignotais avec du lait d'amandes bien frais. Pour le déjeuner, comme je n'avais plus vraiment la force de sortir, un livreur à vélo déposait régulièrement un bol dragon et un matcha shake Petite Nature. C'était délicieux, je ne m'en lassais pas du tout.
A cette époque, en vidant des placards, G. avait retrouvé un mini scrabble de voyage. Les lettres minuscules étaient rangées dans une toute petite boîte ronde de Quality Street. J'ai perdu l'unique partie que nous avons disputée et je restais vaguement vexée. Il avait gagné grâce à des mots simples et courts mais très bien placés, tandis que je m'étais fatiguée en vain à aligner des choses compliquées.
Ce jour-là, c'était un mercredi, j'ai envoyé un petit message à G. Je crois qu'il faut y aller.
Nous sommes partis en fin d'après-midi. Nous avions joué au scrabble l'avant-veille. Il faisait très beau, et chaud. Je n'avais pas du tout préparé ma valise à l'avance, quelle idée. Je portais la longue robe essayée près du marché des Enfants Rouges et mes increvables Saltwater. Je regardais par la vitre de la voiture les rues familières défiler. La ville commençait à se vider lentement, ça sentait les vacances. Il n'y avait ni musique, ni radio, nous ne disions rien.
La chambre était grande, et munie en hauteur de larges fenêtres. Je voyais le ciel changer de couleur au fil des heures et les arbres immenses, immobiles dans le soir d'été, devenir bientôt presque invisibles.
Nous avons passé la soirée à parler, c'était très joyeux. Rien ne nous parvenait du monde extérieur, nous n'avions prévenu personne. Il n'a même pas bu de café.
Il était une heure du matin, elle est apparue, et je l'ai immédiatement trouvée très jolie. Elle n'a pas du tout pleuré, elle a plongé ses grands yeux sombres encore myopes dans les nôtres, très intensément, puis elle a spontanément posé sa bouche minuscule sur mon sein. Elle est restée ainsi un certain temps. J'étais stupéfaite.
Je n'ai pas du tout dormi cette première nuit. J'étais occupée par l'idée que, voilà, quelque chose se terminait, autre chose commençait.
Très vite, j'ai été préoccupée par la peur de perdre une partie de mon être. Alors, quand G. m'a demandé ce dont j'avais besoin et que j'avais laissé à la maison, j'ai eu cette réponse absurde, symptômatique, mais très sincère, j'ai dit : "Le dernier numéro des Cahiers du Cinéma." Il était resté dans mon bureau, je n'avais même pas eu le temps de le feuilleter. C'est l'un des souvenirs qu'il me reste, moi, assise en tailleur, lisant les Cahiers du Cinéma pendant l'une de ses siestes. Et aussi, le premier déjeuner, apporté par G et partagé avec lui. Un bol dragon, un smoothie énergie, des fruits rôtis, du gâteau aux nectarines, Petite Nature, comme avant. J'avais une obstination très forte pour cela.
Nous sommes rentrés très vite à la maison. Il y avait beaucoup de choses à apprendre. Je n'ai jamais nourri de vocation ni de goût particulier pour le pouponnage, c'est une activité qui demande quand même un certain effort d'imagination pour être transcendée ! Heureusement, j'avais à faire à un petit être très doux, dont le regard sous les longs cils me fascinait assez. Ses mains aussi sont très belles.
Avec G., nous mettons alors beaucoup d'application à prendre soin l'un de l'autre, nous nous arrangeons pour aller au cinéma voir les indispensables, nous veillons à manger de très bonnes choses, nous parlons beaucoup.
Déterminée à ne pas me laisser aliéner par la répétition des tâches, je décidai très vite que cette petite fille serait partie prenante de mes obsessions en cours. Je tenais à poursuivre mes lectures, à écouter la radio. Je l'y fis participer pour ne pas m'en priver. Je lisais à voix haute ou en chuchotant parfois, Marie Darrieussecq, Bertrand Schefer, Serge Daney, l'Iliade et aussi des recettes de cuisine. Elle entendit très tôt Eric Rohmer parler de la météo pendant le tournage de Conte d'été, François Truffaut, Françoise Sagan ou Nathalie Sarraute à Radioscopie, Bertrand Belin et sa belle chanson, Long lundi, chez Laure Adler. Son attention fut immédiatement très intense. Elle aime aussi particulièrement écouter Peggy Lee en vinyl dans le bureau de G. Pour ma part, quand il s'agit de la bercer, comme il est unanimement reconnu que je chante très mal, je raconte d'interminables anecdotes de voyage. Il faut croire que ma narration a quelques vertus soporifiques...
En août, il y eut le premier déjeuner en terrasse. Nous venions juste de prendre place, elle aussi avait faim. Très discrètement, avec beaucoup de douceur et d'application mais aussi avec une certaine pudeur, je lui servis son repas. Elle ferma les yeux et le feuillage des tilleuls dessinait de jolies ombres sur son visage pâle. J'ai pensé que c'était comme son premier pique-nique.
Un peu plus tard, nous partons avec elle déjeuner en bord de mer, dans le restaurant préféré de G. Après le repas, elle contemple les flots avec nous, le vent soulève ses cheveux, déjà longs et si doux. Il m'arrive encore souvent de rester regarder le polaroïd déclenché par G. pour saisir ce moment. On la voit serrer mon index gauche dans sa main minuscule.
Elle a déjà beaucoup grandi, et changé. Elle babille beaucoup, rit aux éclats, ne rechigne pas à goûter un nouveau légume et manifeste un certain intérêt pour les imprimés Liberty qu'elle peut contempler pendant des heures. Quand elle écoute les Variations Goldberg, elle soupire de satisfaction. Son regard est si intense qu'il en devient troublant. G. dit : "Il aurait quand même été dommage de ne pas connaître une telle petite personne." J'acquiesce, en repensant aux toutes premières semaines, difficiles et pleines de larmes parce que j'avais l'impression de perdre quelque chose de moi-même et de ma vie. Les choses ont bien changé depuis. G. ajoute : "Tu vois le temps passe vite, mais il passe heureux."

dimanche 6 novembre 2016

Un sujet sensible






Pour Noël, G. m'avait offert un Rollei 35. La première pellicule était assez nulle. "Elles sont fades vos photos" avait asséné sans ménagement le pénible gérant du laboratoire de développement. J'avais serré les dents de rage mais il m'avait encouragée sans le savoir, j'ai aussitôt remis une pellicule. Puis j'ai emporté le Rollei 35 à Lisbonne, au mois de février.
Chaque matin à la Baixa House, du pain aux céréales et des petits pains ronds étaient livrés dans un sac en lin blanc suspendu à la poignée extérieure de la porte d'entrée. J'allais le récupérer prestement, je n'avais pas très envie que les voisins de palier me surprennent en pyjama.
Le reste du petit-déjeuner était discrètement déposé la veille au soir, tout comme les bouquets de fleurs fraîches.
L'enjeu était de ne pas entamer illico les vivres prévues pour le lendemain, mais j'avoue que nous n'avons pas toujours résisté. Surtout la fois où il y avait du marbré au chocolat (et aussi celle des yaourts agrémentés de mangue fraîche, et celle du cake au citron, et celle du fromage de brebis qui allait tellement bien avec la confiture de poires etc).
****


Au retour de Lisbonne, je me remis avec vigueur à l'écriture d'un roman commencé depuis plus d'un an. Je n'en avais parlé à (presque) personne, c'était un projet secret, solitaire et patiemment acharné. J'écrivais dès que j'en avais le temps mais je pensais à mon héroïne sans cesse. J'emportais partout avec moi un carnet où je compilais ce qui pourrait me servir. Je n'ai jamais songé à arrêter ce roman comme ce fut le cas pour tous les autres projets d'écriture, si nombreux depuis le premier essai maladroit de l'adolescence. Je portais évidemment au creux de moi la petite injonction de Xavier Dolan : Tout est possible à qui rêve, ose, travaille, et n'abandonne jamais. Dans les moments de doute, je me disais vraiment Tout est possible, alors travaille. 
J'ai beaucoup travaillé. J'ai écrit, réécrit, relu, réécrit, relu, réécrit, pendant des mois, sans rien en dire. Parfois une seule ligne dans la journée, parfois des pages entières en une soirée et parfois rien du tout pendant deux semaines, ce qui me désespérait tout à fait. Ça n'était pas douloureux ni laborieux mais plutôt excitant, jubilatoire. J'étais impatiente de connaître l'issue de ma propre histoire. J'aimais vraiment mon héroïne, et son prénom. J'aurais voulu m'appeler comme ça.
Au printemps, après une ultime relecture épuisante et fébrile, je suis allée faire relier mon manuscrit. Dans le local de reproduction, l'ambiance était surchauffée à cause des photocopieuses qui fonctionnaient à plein régime, entre l'énorme paquet de partitions d'une violoniste et les rapports de stage d'étudiants en gestion et comptabilité. Mon texte devenait un document comme un autre mais j'étais un peu dans un état second, abasourdie par ce que je m'apprêtais à faire. Je pensais au jour où j'étais venue récupérer les exemplaires de ma thèse. Le carton était un peu lourd pour moi cette fois-là.
De ce travail, G. n'en connaissait que le titre et la quatrième de couverture. Quand il l'a lue, il a simplement dit "C'est bien". Il était hors de question pour moi qu'il prenne connaissance de la moindre ligne. J'étais à peu près sûre de l'ennuyer mais je n'avais pas écrit cette histoire pour lui plaire, ni d'ailleurs pour plaire à quiconque, je l'avais écrite parce que je ne sais rien faire d'autre qu'écrire et que cela devenait insupportable de n'écrire que pour soi.
Par pudeur, j'ai expédié assez peu de manuscrits. Il fallait forcer un peu en les glissant un à un dans la boîte aux lettres, l'enveloppe était très épaisse.
Et puis j'ai attendu. Les beaux jours sont arrivés, j'ai essayé de ne pas y penser et de ne m'attendre à rien, mais s'ils ne s'attendaient vraiment à rien, alors les gens qui écrivent n'enverraient jamais leur travail. Il existe toujours un espoir, une croyance, une foi envers ce que l'on porte en soi, souvent depuis très longtemps, et qui nourrit cette petite prétention qui incite aussi à ne jamais renoncer.
Ce printemps fut comme l'hiver qui l'avait précédé, c'est-à-dire plutôt heureux. J'avais arrêté d'écrire, je photographiais les jours qui passent avec le Rollei 35. Le type du labo photo n'a plus rien dit quand j'allais chercher mes tirages.
Et les jours ont passé, les dimanches en bord de mer, très nombreux, les films au cinéma, les entretiens radiophoniques, les soirées au Tire-Bouchon, la saison des pivoines, les robes bientôt sans collants dessous. Et puis les séances, les miennes et celles des autres, et ce patient qui dit sans lever les yeux vers moi "Je sais que vous êtes médecin, c'est votre travail d'écouter les gens, mais je ne peux m'empêcher de penser à l'être humain que vous êtes aussi, et je sais combien ce que je vous raconte est difficile à entendre". J'avale ma salive discrètement. Je n'échangerais mon travail contre aucun autre (sauf remplaçante de Laure Adler OU assistante de Wes Anderson) mais je ne peux supporter l'idée de ne faire que cela, que l'écriture soit un à-côté, un hobby, me déprime un peu. E., qui a déjà publié, me dit sans savoir que j'écris : "Vous savez, entre être heureux ou être écrivain, j'aurais préféré être heureux". Très égoïstement, ou naïvement peut-être, j'aimerais bien avoir les deux.
Alors chaque jour, j'ouvrais la boîte aux lettres le coeur battant. J'étais toujours soulagée de ne pas avoir de réponse parce que tout restait possible.
Je n'aurai pas attendu très longtemps.
Evidemment, ça n'a pas du tout marché. J'ai récupéré peu à peu mes manuscrits, renvoyés sans ménagement. J'ai essayé de prendre un air détaché : C'était pas terrible de toute façon... mais j'étais archi blessée. Je m'y étais préparée mais n'avoir plus à espérer m'aplatissait complètement. J'ai laissé traîner les exemplaires de mon roman partout dans l'appartement, dans mon bureau, et même dans les toilettes. Je ne savais pas où les mettre, ils me gênaient, j'avais l'impression qu'ils m'accusaient d'avoir fait preuve de vanité, d'avoir pu penser un instant que cela pouvait intéresser quelqu'un. J'ai gardé les yeux secs mais je me suis sentie terriblement triste. J'ai repensé à la petite fille que j'étais, déjà occupée à enregistrer des histoires sur un magnétophone à cassette en attendant de savoir écrire. J'ai repensé à l'adolescente de onze ans qui avait commencé à tenir un journal avec l'idée que c'était déjà le début de la vie d'écrivain. J'ai repensé aux centaines de milliards de lignes que j'ai pu laisser ici et là, toute la vie finalement, et j'avais l'impression que c'était pour rien, pour rien du tout. J'avais honte d'avoir envoyé ce manuscrit, d'avoir osé penser que cela valait quelque chose. Je n'avais plus envie de prendre de photos, ni d'écrire, ni de travailler. Je me suis sentie nulle et ridicule.
Et puis dans le même temps, autre chose s'est passé, qui n'a rien effacé ou atténué de la blessure éprouvée mais qui s'est passé...
(à suivre...)

La vie douce

J'avais réservé les billets d'avion au milieu de la nuit.
Un aller-retour pour Rome à l'automne, il y a un an, exactement.
Je voulais vérifier que Borromini valait bien le Bernin. J'avais hâte de voir en vrai Sant'Ivo alla Sapienza.
J'ai listé sur un carnet les différents lieux indispensables mais pour une fois, aucun restaurant ni café, ça n'était pas le propos.
Le dernier voyage à Rome datait de l'été 2008. C'était celui de l'internat n°2, de la blouse en velours finement côtelée que j'ai portée jusqu'à l'épuiser et de La vie mode d'emploi partout avec moi. La place Navone m'avait déçue parce qu'elle n'était pas du tout comme dans les romans de Marguerite Duras mais j'avais ravalé ma tristesse et m'étais vengée sur les petits pots de crème glacée (fior di latte, mon parfum préféré). J'avais peu de souvenirs des choses vues, seules des sensations assez floues persistaient avec peine.
J'ai cherché un hébergement et je me suis aperçue qu'il est beaucoup plus simple de trouver un bel appartement de location à Rome plutôt que n'importe où dans les pays baltes. Ce fut la photographie d'une jolie cuisine qui détermina mon choix.
Nous sommes partis avec de toutes petites valises et dans un sac en tissu, au milieu des appareils photos, je glisse un roman d'Annie Ernaux. G. est occupé à lire Moby Dick.
Il fait très beau et très doux, je n'en ai rien à faire du milliard de touristes en présence. L'appartement tient toutes ses promesses et plus encore parce qu'il est situé juste en face d'un glacier... ouvert jusqu'à minuit.
Le premier soir, nous dînons dans une osteria qui s'appelle La Sol Fa mais que je m'obstine à nommer Obladi Oblada. Je suis épatée par des gnocchis servis avec une sauce aux kakis, avec du guanciale, du pecorino et beaucoup de poivre. Je me promets d'essayer au retour avec les kakis du jardin de mes parents.
Nous rentrons à l'appartement en grignotant des biscuits choisis avec soin dans une boulangerie rencontrée en chemin. J'avoue un faible pour ceux en forme de coeur à demi recouverts de chocolat. Les garçons en blouson qui traînaient aussi par-là avaient préféré partager de larges parts de pizza au salami piccante et à la pomme de terre.
Nous hésitons un peu en passant devant le glacier de notre rue mais ce serait idiot, vraiment... Ainsi resterons nous un certain temps à discuter autour de nos gobelets en papier où gisaient quelques traces fondues de nos goûts respectifs (orange sanguine, fior di latte, crème de marron, gianduja).
J'étais un peu trop fatiguée pour lire Annie Ernaux ce soir-là.
Les jours suivants, nous avons marché, marché sans relâche dans les rues pleines de soleil. Je suis à la fois émerveillée, émue et très apaisée devant les beautés croisées. La résistance des pierres me fascine. Les escaliers de Borromini m'apparaissent gracieux quand ceux du Bernin me semblent prétentieux. Dans l'église Saint Charles des quatre fontaines, il n'y a quasiment personne, il fait frais, la lumière est splendide, le travail de Borromini me donne le vertige. A Sant Ivo alla Sapienza, nous ressentons le besoin de rester discuter longtemps dans la cour ensoleillée et déserte avant d'aller déjeuner un peu par hasard à Maccheroni (il y avait de salade avec des poires et du parmesan et des rigatoni alla gricia).
Nous arpentons les quartiers, nous nous attardons dans les églises, au comptoir des bouis bouis de pizza al taglio, dans les galeries et les jardins. Nous croisons le Nuovo Sacher et je suis un peu gênée d'être émue (j'en rougis encore).
Tout près de l'appartement, il y a aussi une pasticceria formidable qui s'appelle Regoli. Nous allons y boire un café ou une orange pressée en cédant à la tentation d'un gâteau à la crème. Nous en repartons avec des cannoli ou des sfogliatelle.
Souvent le soir, après le dîner dans des quartiers éloignés, nous rentrons à pieds à l'appartement et il nous arrive de longer le Colisée. On le voit tellement partout, c'est comme la tour de Pise, une image un peu ringarde de Rome. Mais la nuit, aux côtés de G. dont la conversation me passionne toujours autant plus d'une décennie après notre rencontre, le Colisée était terriblement inédit et émouvant chaque fois qu'on le contournait lentement.