lundi 15 décembre 2014

L'avenir du passé

//New York, mais la première fois//

J'espère que Nanni Moretti me pardonnera parce qu'au réveil, je délaisse désormais le grand verre d'eau fraîche qu'il recommande dans Caro Diaro et préfère laisser infuser deux rondelles de gingembre dans un petit verre d'eau chaude. Après cette ablution rituelle, il y a les matins chocolat-tartines et les matins thé-granola et dans la nuit qui n'en finit pas, j'observe les silhouettes lointaines des voisins se déplacer dans leur cuisine jaune ou bleue, avec quelque chose qui pourrait ressembler à une tasse entre les mains.
Au travail, je pense dix fois par jour que j'aimerais photographier certains détails des personnes qui me font face (un col de chemise ravissant sur un pull en grosse maille, des tennis très joliment patinées, une paire de chaussettes chinées sous un pantalon roulotté, un duffle-coat entièrement doublé de Liberty, des yeux maquillés comme je ne saurais jamais faire, etc) mais évidemment, il est complètement vain d'y penser. Parfois aussi, j'ai envie de rire aux éclats, quand j'entends pas exemple "Je vous ai citée dans une dissertation... et j'ai eu quinze !"
Chez l'analyste, je raconte mes rêves. La fois où je n'arrive plus à attacher mes lacets parce qu'ils sont trop courts. Celle où je n'arrive pas à avancer parce que mes chaussures pèsent trop lourd. Quand je me retrouve face à deux chemins et que je prends sciemment celui qui sera le plus malaisé. Ah. C'est quand même un truc de malade d'aller deux fois par semaine parler de choses humiliantes, déconcertantes et troublantes à quelqu'un qui ne dit quasiment rien (et qui fait un bruit très pénible avec ses ongles) et que l'on paie suffisamment pour que ça nous coûte... Le pire étant que j'aime beaucoup ça, hum.
Il y a même eu un week end parisien entièrement occupé par la psychanalyse. Et le dimanche matin, en guest-star très attendu (en tout cas par moi, un peu moins par G., mais il a changé d'avis ensuite), Christophe Honoré, vraiment très touchant de timidité et de retenue devant le parterre de psychanalystes qui lui fait face. Je souris quand il dit qu'adolescent, il regardait sa mère en se demandant pourquoi elle n'avait rien à voir avec Catherine Deneuve (mais plus tard, quand il rencontrera Chiara Mastroianni, il s'apercevra que ce n'est pas si simple d'avoir une mère qui s'appelle Catherine Deneuve). La scène que je préfère, de tous les films de Christophe Honoré, est le moment où Paul, le héros déprimé de Dans Paris, retrouve et écoute le vinyle de Cambodia de Kim Wilde. Avec son écriture d'enfant, il avait inscrit son nom sur la pochette, et dans cette image, il y a tout le temps passé depuis, ce qu'on a été et qu'on ne sera plus jamais, ce qu'on a perdu et qu'on ne retrouvera plus jamais, et les larmes me montent aux yeux.
Pour laisser au passé une chance d'avoir un avenir*, je lui consacre des listes, comme par exemple :

Une liste (non exhaustive) de souvenirs new-yorkais
- les petits-déjeuners à Bakeri, installés à ma place favorite, autour de la grande table en bois avec vue sur le comptoir devant lequel défilent les filles à cheveux longs, pull souple et manteau subtil (épaules tombantes et manches trois-quarts, couleur crème fraîche ou pain d'épices) mais surtout sur la cuisine et le plan de travail où une fille brune avec un bandana dans les cheveux pétrit et façonne du pain au rythme de tubes années 80 (filles face b s'abstenir !). Quelques instants plus tard, la façon dont elle démoulera les petites brioches dorées et replètes tout juste sorties du four dans des effluves de beurre, de sucre et de levain mélangées, rendra absolument indispensable le fait d'en goûter une.
- après une longue matinée au Moma, loin de la foule, du bruit, de l'étourdissement urbain, j'ai béni la petite retraite scandinave au Café Suédois local. Il faut sonner pour entrer, puis faire quelques pas dans le vestibule avant de pénétrer dans la bibliothèque. Les livres s'alignent du sol au plafond, et dans la salle éclairée par des suspensions années 50, la seule vue des tables en bois, des fauteuils recouverts de tissu gros grain gris, des deux day-beds aux lignes douces où une jeune femme s'était laissée aller à la sieste entre des coussins fleuris m'euphorise absolument. C'est tellement tranquille et silencieux qu'on ose à peine chuchoter pour demander un thé, un café et s'il est possible de grignoter quelque chose. Nos brioches à la cannelle sont particulièrement réputées et il y a aussi des petits sandwiches dans le réfrigérateur, je vous laisse regarder. Evidemment, je ne me suis pas contentée de regarder ! Nous avons arrangé nos tartines (harengs, oeuf et concombre, jambon, fromage et concombre), une brioche à la cannelle, le thé au lait et le café sur des plateaux immaculés et nous sommes restés un certain temps qui ne fut pas principalement occupé à la dégustation bien qu'elle fût délicieuse, mais surtout à la discussion (G., grâce à Bergman, a quelques rudiments suédois, et j'adore l'écouter s'amuser de cela) et à la rêvasserie, un contraste réjouissant avec le frénésie parfois un peu assommante de Manhattan.
- depuis le parc, l'indice qui confirme que nous sommes sur le bon chemin pour nous rendre à Levain Bakery, ce sont les gens croisés avec un sac en papier blanc entre les mains qu'ils reniflent avec appétit. La minuscule échoppe se cache entre les façades tellement chics de l'Upper West Side mais la file d'attente impatiente et ultra-gourmande qui piétine devant indique depuis le bout de la rue que nous sommes arrivés à destination. Le parfum de biscuit tiède dessine un nuage imaginaire au-dessus de l'entrée. Les deux jeunes filles qui nous précèdent expriment très simplement leur exaltation Ce soir on est huit alors pas de question de prendre moins de huit cookies, même s'ils sont gros. Parce que j'en veux un pour moi toute seule et ne laisserai personne s'approcher du mien. Quand ce fut notre tour, nous écartons l'éventualité d'un peanut butter cookie et jetons notre dévolu sur un raisin oatmeal et le démoniaque dark chocolate-chocolate chip. Un peu plus tard, sur un banc caché de Central Park, en observant les canots qui avançaient lentement sur le lac, c'était vraiment chouette de grignoter nos cookies avec le doux soleil d'automne dans le cou.
- déambuler avec G. dans les salles grandioses de la Frick Collection, discuter d'un regard, et trouver souvent que certains portraits ressemblent à des visages familiers, des siècles plus tard. Rester jusqu'à la fermeture du musée, et décider, sans trop réfléchir, d'aller se réchauffer devant un bol de ramen au Momofuku Noodle Bar. En attendant qu'une place se libère, siroter une organic ginger ale passée inaperçue et qui fait tout à coup envie à tout le monde, puis se retrouver face à un bol fumant de ramen. Le bouillon au goût complexe et dense, les nouilles qui s'aspirent, la poitrine de cochon ultra-fondante et surtout l'oeuf poché, doux et voluptueux... c'est comme version très améliorée de mon goûter préféré de petite fille.
- dans les films de Woody Allen, les couples d'amis se retrouvent le samedi soir dans un restaurant minuscule, à peine éclairé, avec beaucoup de bruit et de verres de vin, et la même conversation qu'il y a deux mois**. J'ai pensé aux films de Woody Allen le soir du dîner à la Vinegar Hill House. Assise au comptoir devant la liste des cocktails, je regardais défiler les corn breads fumants recouverts de miel et de beurre fondu et les cuisiniers secouer d'un geste sec les poêlons où se pâmaient quelques champignons. Le barman quant à lui découpait des zestes de pamplemousse et s'en servait pour frotter le rebord des verres. Plus tard, sur la table en bois brut, nous avons d'abord partagé une assiette de pappardelle maison, poêlées dans un jus au parfum de sous-bois, il y avait aussi du kale et de très fines tranches de canard. Le genre de plat dont vous auriez désespérément envie de vous resservir ! Le genre de soirée auquel vous aimez repenser dans le taxi qui vous ramène à l'appartement en briques rouges de Bedford Avenue.
- le premier après-midi, à la terrasse du Five Leaves, il y a un couple au regard mal réveillé derrière des lunettes de soleil qui ne veut que partager un toast à l'avocat et au piment (enfin, avec un Manhattan, quand même), des touristes néerlandais qui veulent absolument goûter le hamburger avec de l'ananas dedans, des copines en pull très long qui n'arrivent pas du tout à se décider et nous, un peu grisés par le vol, le soleil, la douceur de l'air, qui ne nous demandons pas vraiment longtemps si toutes ces frites qui accompagnent le ABLT (un Avocado BLT) sont vraiment nécessaires.
- le samedi, au Smorgasburg de Williamsburg, sur les rives de l'East river, il est probablement préférable d'arriver le ventre vide (et donc de n'avoir pas déjeuné au Five Leaves...) pour pouvoir goûter les sandwiches au pastrami maison, finement tranché par des mains expertes, les whoopie pies, organics et coquets, les nouilles sautées, les meatballs, les bubble teas, les crèmes glacées, le pulled pork épicé... Mais il n'y a pas besoin d'avoir faim pour se repaître du spectacle des rives de Manhattan de l'autre côté du fleuve et du soleil qui s'y noie lentement.
- le dernier jour, flâner et se perdre dans les rues de Greenpoint avec ses immeubles en briques rouges, ses maisons aux façades pastel, ses boulangeries polonaises, ses pharmacies désuètes, ses échoppes à pizza, le plus joli fleuriste du monde, et, sans prévenir, Ovenly, une adorable pâtisserie où l'on peut s'asseoir autour de petites tables blanches pour goûter leur délicieux pumpkin cake, ultra fondant et assorti à la couleur des dahlias dispersés dans les petits vases alentours. Et il y a un Bakeri à Greenpoint désormais ! Définitivement mon quartier préféré.

* c'est Mia Hansen-Love qui évoque l'avenir du passé dans son entretien avec Laure Adler, infiniment plus réjouissant qu'Eden, son dernier film.
** vous pouvez le vérifier en écoutant la chanson ici. J'adore quand il dit Quatrième année d'histoire de l'art / A priori une fille c'est comme ça...

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mardi 11 novembre 2014

Et la fois où tu as, roulé dans la nuit noire...


Le chauffeur de taxi a dit : "Vous êtes sûrs que c'est sur Atlantic avenue ? Je ne me rappelle pas y avoir croisé une agence de location de voitures..."
C'était bien là pourtant, et l'employé très maigre, qui portait un pull col V gris et une chevelure rousse avait davantage l'allure d'un étudiant du M.I.T que d'un loueur de voiture. Il nous a aidé à glisser les valises à l'arrière, il nous a souhaité bon voyage puis il a ajouté que cette petite automobile était d'un format idéal pour les échappées belles alentours. Je n'avais pas trop de mal à le croire.
Tout a commencé par une halte imprévue dans une ville minuscule, au bord de l'eau, là où la terre dessine un crochet dans l'océan sur la carte que je suivais du bout du doigt. Les maisons, immenses, couleur chou à la crème ou meringue fraîche, dominaient les jardins au cordeau où s'éparpillaient dans un désordre maîtrisé des buissons fleuris et des arbres rougissants. La quiétude absolue ambiante était presque inquiétante (peut-être à cause des rocking-chairs en rotin blanc abandonnés sur les paliers et qui ondulaient lentement).
Il a suivi les petites pancartes avec un homard dessiné dessus et, au bout du chemin, il y avait cet endroit presque surnaturel, hors du temps, rustique et délicat à la fois, qui s'appelle Ford's et que nous étions ravis de ne pas avoir raté en route. Sur la terrasse bordée de fleurs violettes, roses et jaunes, presque les pieds dans l'eau, les habitués savouraient lentement leur bol de clam chowder, commandaient un deuxième lobster roll ou sirotaient un thé au citron. C'était le milieu de l'après-midi mais on avait encore le droit de déjeuner, c'était l'automne mais il faisait doux. Les lobster rolls se servaient selon les préférences de chacun, plutôt chauds (le pain est toasté et beurré avec parcimonie, le homard est tiède) ou froids (le pain reste moelleux, le homard est froid et agrémenté d'une mayonnaise aux herbes fraîches et au céleri). Ça me rappelait un peu la distinction que fait Vincent Delerm sur ceux qui, dans les soirées dans des appartements trop petits, se retrouvent dans la cuisine pour refaire des toasts de tarama et qui, selon leurs habitudes, tartinent avant de découper ou l'inverse. Je suis une inconditionnelle de la deuxième méthode, et pour le lobster roll, c'était plutôt chaud et c'était rudement bon. C'est aussi ce que pensaient vraisemblablement les trois jeunes gens arrivés une demi-heure plus tard, avec quelques bières fraîches et un Trivial Pursuit spécial cinéma qui les occupa beaucoup (il y a eu une question que je n'ai pas bien comprise mais ils n'étaient pas d'accord sur la réponse Steven Spielberg).
La nuit est tombée très vite, sombre, épaisse, recouvrant tout, les forêts flamboyantes de l'automne et les fast-food de bord de route, les motels et les station-service. Nous sommes arrivés tard à Provincetown tout au bout du Cape Cod, la dernière ville avant l'océan. On ne pouvait plus dîner nulle part, sauf chez Georges, un bar-pizzeria à l'allure peu engageante mais nous n'avions pas le choix (il y avait bien dans les valises du chocolat Mast Brothers et un ultime compost cookie de chez Momofuku mais les circonstances présentes pour les déguster n'étaient pas optimales). Les banquettes en skaï couleur caramel raté encadraient les tables en mélaminé cheap, dont on devinait le contact poisseux de certaines. Les téléviseurs accrochés en hauteur diffusaient un match de base-ball sans le son. Au comptoir, des clients au physique singulier, arrivaient seuls et le visage triste, enchaînaient les bières et les phrases qui ne se terminaient jamais. Au fond de la salle toute en longueur, un pizzaiolo s'activait devant son grand four. Et ça sentait assez bon. On nous a gentiment expliqué qu'on commandait directement nos pizzas auprès de lui et qu'il nous appellerait par notre prénom quand celles-ci seraient prêtes. Nous prîmes le menu qu'on nous tendait. Ni la Meat Lovers ni la Pepperonissima ne m'inspirait mais la carte précisait qu'on pouvait composer sa pizza avec les ingrédients disponibles, bonne nouvelle. J'ai pris aubergine-saucisse-feta, et une dizaine de minutes plus tard, G. déposa devant moi une pizza fumante, avec une belle pâte qui avait bien bullé sur les bords et le parfum herbacé un peu piquant de la feta fondue. Au goût, c'était loin d'être parfait, en raison de la nature des ingrédients, mais la technique était précise et réussie, la pâte était très bonne, croustillante et élastique sans être épaisse, la sauce tomate était bien assaisonnée, c'était chaud, réconfortant, le fromage faisait plein de fils. J'ai oublié les gens accoudés au comptoir, le match de base-ball qu'on ne pouvait même pas suivre parce que la qualité de la captation dessinait plein de lignes sur l'écran comme dans Les bijoux de la Castafiore, j'ai oublié le skaï marron, les tables collantes, nous avons discuté et je lui ai dérobé quelques gorgées de bière. Et dans cette ambiance bizarre, mélange de conversations très nord-américaines, d'odeur de pain chaud et d'eau de toilette bon marché, j'ai reparlé de ce jour en Finlande, c'était dans une toute petite ville, il y avait un salon de thé russe juste à côté d'une église orthodoxe. Le salon de thé servait du thé glacé délicieux et un gâteau au fromage mémorable mais de ce jour-là, je me rappelle surtout de cette femme russe, les cheveux retenus par un foulard coloré, qui est entrée dans l'église, s'est signée, a embrassé une icône, a allumé des cierges et s'est mise à prier. Moi, assise dans un coin, discrètement enivrée par le parfum des cierges, j'ai ressenti une émotion incomparable en m'apercevant à quel point cette femme était habitée par un sentiment qui m'est inconnaissable, mystérieux, définitivement énigmatique et je l'enviais de pouvoir l'éprouver. C'est très étrange d'évoquer cela devant cette pizza de chez Georges mais je reste émue devant le contraste que promettait la devanture du lieu, son enseigne même, et ce que nous y avons vécu.
Dans les jours qui suivirent, nous avons parcouru des plages immenses et désertes, absolument désertes, sur toute leur longueur. On n'entendait que les vagues et le vent, et nos conversations échevelées. Ces promenades grisantes étaient interrompues par des sessions sandwiches chauds et latte, exploration de supermarché ou, dans un autre style réjouissant, visite tendre et amusante de la maison d'Edward Gorey où dans la cuisine ont été encadrée les notes du restaurant où Gorey prenait tous ses déjeuners (hot dog, toasted bun ou 2 poached eggs in a cup, ham, white toast), je garde l'idée !
Un soir, après avoir hésité longtemps (et quitté un restaurant alors que nous étions déjà installés, hum), après avoir aussi écarté les nombreuses possibilités de dîners que nous imaginions grandiloquents, nous nous sommes retrouvés dans un endroit qui s'appelle Barbone, à quelques kilomètres du très joli Bed and Breakfast où nous sommes restés quelques jours (à cause notamment du granola maison et des muffins café et chocolat du petit-déjeuner. Il y avait aussi un poêle dans chaque chambre, ce qui est assez agréable -rapport aux longues promenades sur les plages ventées). La salle était vaste, réchauffée par un grand four à bois, il y avait peu de monde et la plupart des gens avaient déjà terminé. L'ambiance était très tranquille, la musique était diffusée à un volume décent et on y voyait suffisamment pour ne pas éclairer son assiette avec un téléphone comme je l'ai vu faire tant de fois à New York, dans des lieux où il fallait aussi s'égosiller pour se faire entendre tant la musique, de mauvais goût qui plus est, était forte. La pizza que nous avons partagée était incroyablement bonne, la pâte et la garniture (des meatballs maison, étonnamment délicats, des oignons caramélisés, des olives de kalamata et de la mozzarelle douce, lactée) étaient d'égale qualité. L'assiette de pâtes qui s'ensuivit, des orecchiette maison, irrégulières, épaisses et rebondies, servies dans une sauce relevée à la sauge était tout aussi convaincante. Pendant le dîner, des gens rentraient et avalaient leur pizza comme ça, comme si de rien n'était, alors que je n'avais jamais mangé de pizza aussi délicieuse depuis les vacances d'hiver en Italie.
Toutes ces histoires de pizza pour en arriver à l'une de nos soirées new yorkaises, la fois où j'avais beaucoup insisté pour aller dîner chez Roberta's à Brooklyn. Comme c'était un soir de semaine, il n'était pas nécessaire de s'inscrire sur une liste et d'attendre deux heures sur un coin de bar. Nous avons même eu la chance de nous asseoir dans la deuxième salle, beaucoup plus calme que la première, surbondée, surchauffée, surpeuplée. Fatigante. Alors finalement, c'est un peu étrange de devoir admettre que les pizzas de Roberta's se sont révélées assez quelconques. Délicieuses mais un peu ennuyeuses, elles étaient sans doute meilleures que celles de chez Georges dans la mesure où la qualité des ingrédients était irréprochable mais elles ne procuraient pas du tout le même plaisir, c'était des pizzas parmi les centaines d'autres servies ce soir-là chez Roberta's, elles avaient le goût de l'autosatisfaction, de la répétition machinale, elles n'évoquaient rien d'autre que leur propre signifié. J'étais un peu embêtée. Ça m'a fait repenser au jour où, poursuivant une lubie absurde, nous sommes allés visiter la maison de Mark Twain à Hartford, dans le Connecticut (je dis absurde parce qu'aucun de nous n'a lu Mark Twain. Mais figurez-vous que la maison d'Edith Wharton ne se visite pas en novembre, et que nous étions le 2 de ce mois. Soupir). Mark Twain avait une très belle bibliothèque et de charmantes tapisseries. Après la visite, nous n'avions pas déjeuné, c'était en fin d'après-midi, nous avions un peu de route avant de rentrer à New York. Il faisait un temps exécrable, une pluie froide et drue battait le pare-brise et les rues d'Hartford étaient désertes. Les adresses repérées à l'avance avaient déjà fermé leur porte ou n'existaient simplement plus, nous avancions au hasard. Nous avons traversé plusieurs quartiers décrépits, moroses et gris, mais dans une enclave apparemment hispanophone, je repère entre les gouttes une enseigne aux couleurs criardes qui annonce Fresh Breads / Bakery. Nous arrêtons la voiture. A l'intérieur, comme chez Georges, c'est un peu vieillot, pas très propre, et le téléviseur diffusait une série complètement obsolète que personne ne regardait. Derrière les vitrines, plusieurs sortes de gâteaux, des cheesecakes, de la crème, des pommes, du caramel, mais le sucré ne m'intéresse pas trop. En réalité, ce qui aimante mon regard, ce sont les deux grands plats maintenus au chaud où s'empilent des empanadas particulièrement replets. Pas de fioritures, pas de jolies étiquettes, pas de précision concernant les ingrédients et leur provenance, l'empanada que j'ai choisi est directement glissé dans un petit sac en papier, la vendeuse n'a pas de foulard dans les cheveux, ni un joli vernis, ni un tee shirt graphique, mais un gentil sourire, ah ça oui.
Dans la voiture qui redémarre, je suis impatiente de croquer dans le chausson doré et encore tiède. Une onde de satisfaction me parcourt à la première bouchée. C'est savoureux, équilibré, presque subtil dans sa simplicité. Je fais goûter à G. et je vois bien dans son regard qu'il éprouve exactement la même chose. Le goût de l'inattendu intervient forcément dans nos perceptions mais il y a aussi autre chose, de plus mystérieux, la conjonction d'un savoir-faire hyper maîtrisé avec quelque chose de pourtant imprécis, qu'on devine à l'irrégularité du chausson, à son aspect rustique. Là encore, cet empanada tiède partagé avec G. dans la voiture qui fonçait vers New York dans la nuit désormais tombée et sous la pluie battante, était mille fois meilleur que la pizza chez Roberta's.

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mardi 28 octobre 2014

Roman-photo


Il est question de Jackson Pollock et de papier peint fleuri,  d'une fille à la chevelure potiron et de cake à la banane, d'ultra moderne solitude et d'un automne à New York ICI

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mardi 21 octobre 2014

Family lives

//Xavier Dolan, tu m'énerves d'avoir réussi à me faire pleurer sur du Céline Dion//

Le mercredi de sa sortie, dans le petit cinéma, Mommy réunissait une foule dense et impatiente qui se dispersera ensuite à petits pas dans la nuit, comme si chacun était encore abasourdi par tant de détermination et de grâce. Personne n'aura très bien compris comment trois spectateurs ont pu partir avant la fin, ayant pourtant entendu l'avertissement articulé très tôt par les lèvres ultra-gloss de la mère de Steve: Les sceptiques seront confondus.
Sur les pavés, essuyant de très fines gouttes de pluie, j'ai un peu mal à la tête, j'écoute G. qui dit "C'est une autre version de Family Life".
Il se trouve que j'ai reçu en cadeau, il y a quelques années, de la part de quelqu'un qui n'avait pourtant une connaissance que très partielle de mes goûts, le dvd de Family Life. Je ne l'avais jamais regardé, par appréhension. Le dimanche suivant, je décide de le visionner.
En ouvrant le boîtier, une feuille de papier pliée en quatre s'en échappe. Une lettre m'est adressée et les mots sur les petits carreaux portent en eux tellement de justesse dans leur folie que je sais en les lisant que je ne pourrai jamais les relire, parce que je n'arriverais sans doute jamais à me faire à cette douleur-là, la solitude absolue des vies trop folles pour le monde intransigeant où nous consentons à vivre. Je replie la lettre, j'insère le dvd, je lance le film. J'ai encore à l'esprit les images carrées de Mommy, ce cadre si étroit que chacun semble s'y cogner sans cesse.
Family Life déplie l'histoire de Janice dans la banlieue de Londres; c'est très loin de Montréal et pourtant, les toutes petites maisons qui s'alignent, répétitives et ternes dès les premières scènes ont quelque chose à voir avec les maisons mitoyennes de Mommy (qui ont elles-mêmes à voir avec celles d'Elephant, la froide histoire d'une autre folie adolescente), ces maison en apparence si tranquilles mais où l'on verse pourtant une bonne rasade d'alcool dans sa tasse de café quand on va laver son linge en sous-sol.
Dans Family Life, on ne voit pas Mrs Bailden, la mère de Janice, laver son linge, ni boire d'alcool, elle se contente de garder les lèvres pincées, de serrer son sac contre elle et de boutonner ses chemises très haut. Elle sait mieux que quiconque ce qui est bon pour elle et les siens, même si cela passe par le forçage: il faut manger, et beaucoup (scène cauchemardesque du déjeuner dominical où les assiettes débordent), il faut travailler, et beaucoup, il faut s'habiller correctement, rentrer à l'heure tout le temps, ne pas trop fréquenter les garçons et puis il faudra avorter parce qu'une nouvelle fois, "je sais ce qui est bon pour toi". Mrs Bailden me fait penser à Mrs Lisbon, la mère de Lux dans Virgin Suicides, qui enferme ses filles et brûle les disques dans la cheminée. L'une et l'autre veulent garder leurs filles pour elles, selon un idéal fusionnel dévastateur qui refuse absolument de laisser la place à un désir qu'elle ne peuvent imaginer hors du leur. Mais Mrs Bailden me fait aussi penser à Diane O' Connor car, malgré la différence des accents (british pincé de la mère de Janice, québécois fleuri de celle de Steve), on entend dans ces deux voix maternelles la même emprise, la même dévoration, dont aucun enfant n'arrive à sauver sa peau. Toutes les deux sont prisonnière de leur amour qui paie cher son infinitude, car quel amour peut se satisfaire s'il est aussi insatiable dans ce qu'il réclame que dans ce qu'il offre ?
Mais si la mère de Janice provoque chez moi une aversion qui dure tout le film (et cela bien que je sache, par la clinique et l'expérience, qu'elle souffre aussi de la vie qu'elle s'inflige), Diane dont le prénom revêt différents aspects de mortification (on l'appelle Die, ou mommy et j'entends momie) me touche mystérieusement. Son obstination folle et sa solitude m'émeuvent aux larmes.
Dans Family Life comme dans Mommy, le héros à l'acmé de sa détresse croise une figure bienveillante dont le regard différent apaise le désespoir en marche. C'est le personnage du psychiatre dans le film de Ken Loach, qui considère Janice comme un sujet à part entière et pas comme une maladie semblable aux autres cas du même diagnostic, c'est le personnage de Kyla dans celui de Xavier Dolan. C'est pour moi la trouvaille du film, l'incarnation d'une féminité classe, douce et savante, mais qui porte pourtant une faille puisque quelque chose reste coincé, dans sa gorge au sens propre, et dans sa vie de mère de famille. C'est précisément parce qu'elle porte ce manque, ce petit quelque chose qui fait défaut, que Steve la laisse s'approcher. Mais dans les deux films, la rencontre échoue et renvoie chacun à sa solitude, le héros se retrouve abandonné et livré à ceux qui ont le pouvoir, pouvoir qu'ils ont obtenu en choisissant la solution de facilité, le même traitement pour tous, l'abrasion de l'individu, l'assujettissement du sujet à des méthodes qui recourent à la même violence en reprenant l'argument dévastateur de Mrs Bailden Je sais ce qui est bon pour toi.
La forme sèche de Family Life, ses couleurs sourdes, sa mélodie mélancolique m'ont fait autant d'effet que la lumière éclatante, le rythme frénétique et les soubresauts incessants de Mommy. Leurs histoires ont accompagné les premiers jours de l'automne, et dans le soir qui tombe plus tôt, je traîne ma silhouette sur les pavés, triste de savoir, en vrai, ce que les gens vivent sur les écrans.

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dimanche 5 octobre 2014

Qui ne ressemble à personne

//Un café à Riga, mais ce n'est pas le propos//

Il a proposé de partir en bord de mer, là où nous étions allés au tout début, quand il fumait des cigarettes la fenêtre grande ouverte, et dans la voiture grise aux sièges écossais, on écoutait du Purcell très fort.
Je ne savais pas très bien lire les cartes routières (je ne comprenais pas la question Est-ce qu'il y a une sortie indiquée par un triangle ?), je n'osais jamais dire que j'avais un peu faim (alors que j'avais très faim), on jouait parfois à se faire deviner des titres de films ou des écrivains et j'étais très mauvaise (car à l'époque, je n'avais pas encore vu de films scandinaves avec un chiffre dans le titre). Je portais des tennis rouge et bleu, lui des pantalons très souples et doux, en velours finement côtelé et aux couleurs passées. Les chambres d'hôtel minuscules avaient vue sur mer pour distraire des papiers peints aux fleurs désuètes. Il faisait la lecture et moi pas trop souvent parce qu'il s'endormait systématiquement, nous en rions encore.

Ce sont des souvenirs doux parce que c'était aussi l'apprentissage minutieux et maladroit de la cartographie intime de l'autre, avant celle des routes côtières.
Cette fois-ci, il y avait assez de soleil pour s'accorder une crêpe au citron en terrasse, dans un village minuscule, en observant une autochtone remplir le coffre de sa voiture de gros tourteaux pour le dîner (s'ensuivit une petite discussion sur les fruits de mer et cette question soulevée par G. "C'est quand même bizarre de nommer fruit quelque chose d'origine animale et pas végétale, non?")
Marcher longtemps et rire beaucoup ont un effet particulièrement exaltant quand on les pratique au bord des vagues, des dunes, des ports et des villas désertes dont on aperçoit la silhouette bourgeoise entre d'épais feuillages que le jardinier de la propriété se garde bien d'élaguer. Aucun de nous ne connait la sensation de se retrouver, l'été, dans une maison de famille, avec des vieilles bandes dessinées dans la chambre et une tarte aux pêches dans le four. Nous parlons de cela.
Le soir nous dormons dans une chambre d'hôtes avec des magazines de jardinage et d'autres de voiles dans le grand panier en osier. Nous nous retrouvons à dîner dans le même endroit que notre hôtesse, mais pas à la même table, ouf. Il y a du bar grillé avec du riz sauvage aux légumes, délicieux. Après le dessert, nous marchons le long de l'eau mais il fait si noir que les flots se confondent avec la nuit et on ne peut pas descendre sur la plage parce que les sandales scandinaves portées avec des collants ne sont pas compatibles avec le sable mouvant. Alors nous écoutons la mer les cheveux emmêlés.
Au petit-déjeuner, il y a de la confiture de rhubarbe et d'abricot sur la nappe à pois mais je me concentre sur la brioche locale, avec des petits raisins secs étonnamment bienvenus. Puis au marché près de l'église, nous grappillons pour le retour quelques tomates et des cocos frais de Paimpol et puis du pain dans une boulangerie qui fait aussi épicerie, salon de thé et lieu de commande pour le couscous du vendredi et le kig ha farz tous les premiers samedis du mois.
Nous marchons, nous marchons, sur les sentiers, sur les galets, entre les rochers recouverts d'algues, le long des chemins où courent les mûriers. Au retour, nous pensions qu'il était trop tard mais, alors que la plupart des gens sirotaient leur café post-prandial, on nous a gentiment installés à une petite table à l'écart, pour voir la mer en se réchauffant autour d'une petite montagne de moules au gingembre et au citron confit. La fumée aurait fait de la buée sur ses lunettes s'il en avait encore porté.
Une dernière promenade avant de rentrer, sur la langue de sable qui avance dans la mer et où il avait évoqué, il y a de ça des années maintenant, du temps des tennis rouge et bleu et des pantalons en velours finement côtelé, la danse lente des méduses telle que la décrit Paul Valéry.
Evidemment, la vie, ce n'est pas que des weekends en bord de mer. C'est aussi les longues journées de travail et rentrer vraiment tard, avec dans les oreilles un milliard d'histoires dures, injustes, cruelles, ou qui rendent tout simplement les gens maladroits de leur existence, ce qui est déjà beaucoup. C'est aussi prendre le train l'angoisse au ventre, la même que lorsque le téléphone sonne alors que ce n'est pas du tout une heure pour sonner. C'est se disputer un peu aussi, de temps en temps, pour des malentendus douteux que catalysent l'angoisse et la fatigue.
Evidemment, il n'est pas nécessaire de partir en bord de mer à chaque fois que la vie trébuche. On peut aussi dîner en terrasse à l'improviste et partager à l'occasion une pizza inattendue, coppa, gorgonzola et pêche pochée. Ou essayer de manger proprement un éclair au citron au soleil, en fin d'après-midi. Aller boire un thé vert et grignoter un cupcake à la myrtille.
Acheter plein de livres et les dévorer, les uns après les autres, comme on dévore les petites crevettes bouquet du samedi, avec une mayonnaise corsée, préparée à la cuillère par G.
Déjeuner tous les mardis à Petite Nature et regretter chaque fois que ni C. ni S. n'habitent ici parce qu'elles aimeraient forcément le Bol Dragon (et le veggie banh mi !).
Commander six madeleines au chocolat pour le goûter (c'est-à-dire que ce sont des madeleines classiques mais entièrement recouvertes d'une couche épaisse comme un petit manteau de chocolat noir. Il dit que ça lui rappelle les madeleines Bijou, en mieux).
Et puis, aller au cinéma voir Saint Laurent et aimer pour toujours le tout début du film, la voix de Saint Laurent au téléphone, et un peu plus tard le moment où Valéria Bruni-Tedeschi essaie un ensemble sous l'oeil aigu, sensible et bienveillant du styliste. Repenser à cette scène me fait monter les larmes aux yeux.

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lundi 8 septembre 2014

A life rewound - Don't look back in anger


Le père de mon père se destinait à une carrière monastique et avait rejoint dans cette perspective un temple niché dans les montagnes. Il se révéla être un élève sérieux et assidu mais alors qu'il était au terme de sa formation, il demanda à parler au maître du temple. C'était difficile à dire mais il fallait bien l'admettre, la solitude ascétique lui pesait, il ne pouvait renoncer au tourbillon du monde, de la vie, et de ce qu'il soupçonnait en faire largement le sel, à savoir les femmes. Soulagé non sans être inquiet de cette décision, il empaqueta ses menues affaires et quitta bientôt les montagnes et le temple vers lequel il s'était tourné à la mort de ses deux parents, survenue quelques années plus tôt, frappés tous deux d'une maladie foudroyante.
Orphelin, son retrait de la vie monastique le laissait désormais face à une redoutable liberté puisqu'il s'agissait maintenant de subvenir à ses besoins. Il avait bien un diplôme de linguistique mais il découvrit que ses aptitudes en ce domaine étaient peu compatibles avec les nécessités matérielles imminentes. Il se mit alors à accepter tous les travaux qui se présentèrent à lui et devint ainsi marchand (de chaussures, de cuillères, de produits alimentaires) mais surtout pigiste pour qui voudrait bien de ses articles qui dénonçaient les abus d'un gouvernement déjà peu scrupuleux (il conserva tout au long de son existence une activité rédactionnelle, officielle puis clandestine, risquant régulièrement sa vie qu'il sauva un jour d'une descente inopinée de soldats du gouvernement en se réfugiant dans un sac de jute destiné à contenir du riz. Il s'en sortit avec quelques coups de baïonnette dans les côtes et cela ne l'empêcha pas de continuer à dénoncer les fraudes et les exactions qui pourrissaient son pays).
Bientôt, on lui parla d'une jeune femme du village, âgée d'à peine seize ans (il en avait dix de plus), qui avait elle aussi perdu ses parents très jeune. Elle avait été recueillie par une tante mais celle-ci avait ostentatoirement privilégié ses propres filles plutôt que cette nièce à qui elle avait imposé basses tâches et nourritures légères. Le père de mon père s'émut de cette histoire et, quelques mois plus tard, les deux orphelins se marièrent.
Fort de son expérience dans le commerce, mon grand-père fit l'acquisition d'un local qu'il transforma en librairie-papeterie qu'il confia à ma grand-mère après lui avoir appris à lire et à écrire. Elle développa un goût prononcé et raffiné dans le choix des articles qu'elle proposait (stylos variés, taille-crayons, carnets et cahiers, gommes en caoutchouc), tous maniaquement rangés et scrupuleusement époussetés. Elle prenait également grand soin du rayon librairie, tout à fait exotique et hétéroclite puisqu'il mêlait écrits bouddhiques et romans français.
Je ne pouvais pas savoir, quand j'étais enfant, que la fréquentation assidue de mon père de la papeterie-librairie de la place de la Poste n'était pas une simple lubie. Il m'y achetait beaucoup de petits objets inutiles, surtout à l'aune de ses revenus de l'époque et des nécessités auxquelles il fallait quotidiennement pallier. Je chérissais ces cadeaux qui arrivaient maladroitement emballés avec la petite étiquette de rigueur qui annonçait Plaisir d'offrir... Cela pouvait être un porte-mine rose, une gomme bicolore en forme de cœur, du papier à lettres à l'effigie de Minnie, une petite trousse en plastique colorée, mille choses futiles qui ont contribué à nouer mon goût pour l'écriture et les petits carnets lignés. Mon père aimait tellement cette librairie-papeterie, pourtant minuscule et peu avenante, qu'il lui arrivait de m'y acheter des romans qui n'avaient aucune chance de m'intéresser, et cela bien qu'il ait une certaine idée de ce que j'aimais, mais le choix était mince sur le présentoir circulaire et surtout, ce n'était pas le livre en soi qu'il achetait mais le souvenir de la silhouette de sa mère qui s'affairait derrière son comptoir.
Je me souviens qu'à la même époque, mes parents enregistraient sur des cassettes audio des messages que je délivrais en cambodgien à toute la famille de mon père. Ils expédiaient ensuite cette cassette à Kompong Thom où ils vivaient, où la plupart d'entre eux vivent encore, où je suis née et où la photo qui ouvre ce billet a été prise. De cette activité, je gardai le goût de la narration et ne tardai pas à enregistrer d'autres histoires, cette fois-ci en français, destinées à un public restreint mais parfaitement attentif, composé de peluches et de figurines trouvées dans des barils de lessive.
C'est au cours d'une conversation téléphonique grésillante et très matinale que mon père apprit la mort de sa mère, plusieurs années plus tard et plusieurs mois après sa survenue. Il resta allongé plusieurs jours sans plus pouvoir dire un seul mot.
Lors du voyage au Cambodge, mon père est à nouveau resté sans voix en découvrant que la librairie-papeterie de ses parents n'était plus rien maintenant qu'un crasseux magasin de charbon...
Mais il avait encore quelque chose à voir dans la ville.
En effet, il y a quelques années, les frères et soeurs de mon père ont construit au sein d'une pagode elle-même située en lisière d'un petit lac, un mausolée destiné à accueillir les urnes funéraires de mes grands-parents (mon grand-père est mort au tout début de nos années françaises, je n'en ai aucun souvenir). C'est un très joli temple, décoré des portraits des défunts, et j'aime la grosse fleur dans les cheveux de ma grand-mère. Ils ont l'air tous les deux extrêmement doux et bienveillant.
Le jour où j'ai rejoint mon père à la pagode en compagnie de G., il discutait avec un homme d'à peu près son âge, à la peau très foncée, aux traits marqués, avec un sourire plein de dents en or qui suscita immédiatement chez moi une irrépressible angoisse. Mais mon père s'adressait à lui avec déférence et je le saluai donc avec respect, il me le présenta en disant que c'était son ancien "chef de rang". Comme beaucoup de choses s'avéraient pour moi mystérieuses lors de ce voyage, je ne relevai pas et engageai une brève conversation convenue mais polie avec ce monsieur avant de pénétrer dans le mausolée en lui-même. L'odeur capiteuse de l'encens, les fleurs et les fruits, la fraîcheur de la pierre et ce sourire si doux qu'affichent mes grands-parents que je n'ai jamais connus me firent monter les larmes aux yeux.
Quand je retrouvai mon père, il discutait toujours avec l'homme au sourire inquiétant. Je remarquai qu'il portait plusieurs colliers autour de son cou ridé. Il souhaitait à mon père beaucoup de bonnes choses pour les années à venir et puis il s'excusait, mais c'était des excuses difficiles à comprendre pour moi, exprimées dans un cambodgien presque précieux qui ne m'est pas familier. Mon père l'a remercié, l'a salué, lui a dit quelque chose qui signifiait, grossièrement, ce n'est pas grave. La chaleur m'étourdissait un peu, je ne comprenais pas bien, j'ai salué moi aussi et nous sommes repartis.
A la question Qui est cette homme ? mon père a répondu d'une voix très calme mais sans me regarder Un ancien khmer rouge qui dirigeait la rizière où l'on travaillait. Cela voulait dire: l'homme qui l'avait fait trimer, lui, ma mère et toute sa famille, qui les avait affamés, qui les avaient insultés, qui les faisaient travailler pour un grain de riz et un grain de sel par jour comme ma mère me le racontait enfant. Je fus saisie d'une colère sourde, ma tête bourdonnait. Comment mon père pouvait s'adresser à cet homme avec autant de gentillesse dans la voix ? Je m'en voulais d'avoir fait preuve de politesse à son égard, j'avais envie de l'insulter. Mais mon père considérait que cet homme était déjà bien assez torturé par ce qu'il avait pu commettre, qu'il serait poursuivi par cela jusqu'à la fin de ses jours et que ma colère et mon ressentiment n'avaient pas lieu d'être, qu'après tout nous étions en vie, qu'une autre vie avait été possible, mais pas pour lui. Des larmes silencieuses et tranquilles ont dévalé ses joues et il nous a remerciés, G. et moi, d'être venus au Cambodge et avec lui ce jour-là, rendre visite à ses parents, car c'était cela qui comptait, et je devinais combien ils lui manquaient.
Dans la voiture qui quittait péniblement la pagode, en voyant le mausolée ne plus devenir qu'un lointain point blanc à l'horizon, je tressaillais à chaque cahot imprimé au véhicule par les cailloux qui jonchaient la route. Ils n'étaient pourtant pas les seuls responsables de ma nausée car j'ai compris plus tard que malgré toutes mes réticences, j'aurais probablement à revenir une nouvelle fois au Cambodge. Et que ce serait pour les funérailles de mon père.

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dimanche 31 août 2014

A life rewound - Something was lost

//Somewhere in Cambodia//

Ce jour-là, il était question pour ma mère de retrouver la maison où elle avait grandi, celle de son propre père, mon grand-père chinois, un ancien instituteur dont la sévérité notoire m'avait toujours paru factice quand je me rappelle avec quelle malice il regardait avec moi les candidats lyophilisés des Chiffres et des lettres s'affronter placidement. Nous aussi nous formions une équipe, lui aux chiffres et moi aux lettres, évidemment, et il me reprochait gentiment de nous faire perdre, nourrissant ainsi ma passion passagère pour les dictionnaires.
Ma mère vivait avec ses parents, sa soeur et ses quatre frères, dans une maison à pilotis bordée de manguiers à Kompong Cham, qui se situe à 120 kilomètres environ de Phnom Penh. C'était l'époque où elle allait à l'école en uniforme (jupe plissée bleu marine et chemisier blanc, mais elle a toujours dit que ça n'effaçait en rien les différences de catégorie sociale parce qu'il y avait des petites filles en chemisier de soie et d'autres en chemise taillée dans du drap grossier), l'époque où elle s'offrait pour le goûter des beignets de banane ou des sandwichs au porc laqué chez les petits marchands ambulants, l'époque aussi où l'on soignait les enfants malades avec du lait concentré sucré et celle où les mêmes enfants n'avaient pas toujours le droit de dîner en présence de leur père.
La voiture nécessairement climatisée avançait lentement dans les rues de Kompong Cham et bien que ma mère les eût autrefois parcourues dans tous les sens, à pied, à bicyclette, puis sur son petit vélomoteur, elle ne reconnaissait rien, et surtout pas les luxueuses villas aux architectures tapageuses. Ma mère, le visage collé à la vitre, le regard à la fois curieux, avide, et troublé par ce retour tant d'années après, après les camps, après l'exil, traquait le moindre signe de reconnaissance adressé à sa mémoire.  A peu près en vain. Elle donnait des instructions au chauffeur mais elle ne retrouvait pas sa maison.
Nous avons fini par nous arrêter au bord d'un chemin très encombré par des travaux d'urbanisme et elle est descendue, un peu hagarde sur la route poussiéreuse, elle a demandé aux ouvriers du chantier "Je cherche la maison de monsieur C., le directeur de l'école primaire, autrefois..." Je regardais sa silhouette qui paraissait égarée dans ce paysage étrange, éclaboussé par le soleil de midi, et je n'y croyais pas du tout, je pensais On ne la trouvera jamais, elle a disparu.
Et puis elle est revenue, elle a dit au chauffeur que c'était la rue de derrière, qu'il fallait faire demi-tour et puis voilà.
Quand la voiture s'est de nouveau immobilisée, elle n'a attendu aucun de nous, elle s'est élancée au dehors et je courais presque derrière elle, entre les bananiers et le linge qui séchait. Elle s'est arrêtée assez vite devant une grande maison dont le balcon, au premier étage, était largement occupé par ces tapis colorés qu'on croisait partout là-bas, à la fois dans les salles de bain et lors des pique-niques. Dans le jardin, des enfants se balançaient au creux de hamacs décolorés par le soleil. Une femme s'est retournée. Ma mère a dit "Je suis la fille de monsieur C., celui qui a construit cette maison..." La femme a dit à un enfant "Va chercher ton grand-père." Un homme très âgé, aux dents abîmées et à la peau burinée, est sorti de la maison. "Est-ce que vous vous rappelez de monsieur C., qui dirigeait l'école primaire...?" L'homme a dit "Oui, bien sûr ! C'était l'époque où la maison d'à côté était habitée par monsieur H., et celle d'en face par monsieur T." Il a ajouté, sans émotion apparente, "Tout le monde est mort maintenant..."
Quelques semaines plus tard, quand mon grand-père verra les clichés pris par ma mère ce jour-là, il dira "Ce n'est pas ma maison. Où sont les manguiers ? Qui a construit cet escalier, et cette extension ?" Il n'avait pas l'air triste mais plutôt contrarié comme lorsque le compte n'était pas bon du temps des Chiffres et des lettres. Mais j'aime penser que de toutes les façons, il préfère que personne d'autre n'ait jamais habité sa maison.
La visite n'étais pas terminée. Nous avons laissé la voiture dans la rue et nous avons marché un peu, nous avons traversé une pagode, et puis nous sommes arrivés sur les rives du Mékong. Loin de l'agitation, du bruit, de la poussière, face à l'étendue tranquille et souple du fleuve, des grappes de gens se retrouvaient autour des petites tables en métal pour boire une eau de coco très fraîche ou un jus de canne à sucre pressé à la demande par une dame en chemise-pantalon fleuri (mais ce n'était pas le même imprimé en haut et en bas, c'est pour ça que c'était joli). C'était l'heure de sortir les jeux de cartes et les confidences. Ma mère a dit qu'elle venait déjà là, autrefois, souvent seule, et qu'elle grignotait des beignets de banane en contemplant les ondulations lancinantes du Mékong, sans savoir qu'elle passerait plus tard trente ans sans les voir.

Pour de mystérieuses raisons, presque toutes les photographies que j'ai prises avec mon Pentax ME Super durant le voyage de printemps au Cambodge sont arrivées floues du laboratoire de développement. Un problème de mise au point.
J'ai longtemps pensé que je ne dirai jamais rien de ce voyage. Et puis finalement si.

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lundi 25 août 2014

Trois mille cheveux de travers (préparent la rentrée)

//Bol dragon et petite surprise à Petite Nature//
Après un baltic road trip palpitant que je raconterai bientôt (enfin, je l'aurais déjà écrit si je n'avais pas été perturbée par le visionnage des Revenants un siècle après tout le monde. J'avoue que la présence de Céline Sallette en a largement scellé mon addiction et je suis même obligée d'avouer que malgré le milliard de trucs énervants du scénario et de la mise en scène, je suis très impatiente de connaître la suite), je partageai avec G. quelques jours de vacance(s) à la maison, avant la vraie rentrée. C'est quelque chose d'assez délicieux que de continuer  encore un peu à s'octroyer un petit-déjeuner ensemble, assis autour d'une table où s'étalent les tartines, le beurrier japonais et la confiture italienne, mon chocolat, son café et un jus d'oranges pressées, plutôt que d'avaler nos breuvages matinaux brûlants pieds nus sur les tomettes de la cuisine.
L'autre petit luxe ultime, outre celui de lire un roman victorien sous les draps en lin, fenêtre grande ouverte sur les balcons déserts des voisins, fut aussi de se retrouver pour déjeuner (activité habituellement réservée aux midis dominicaux) et j'ai bien aimé quand il a proposé vendredi dernier "Tu m'emmènes à Petite Nature ?"
Une nouvelle fois, tout était délicieux. On a trinqué autour de petits verres de jus orange-fraise-pastèque-menthe, il y avait des numéros de Vertigo à feuilleter et figurez-vous que la bande-son comportait la chanson qui a déclenché toute cette histoire de filles face B. Comme je commence un peu à connaître les responsables de la programmation musicale, je peux vous dire que finalement, j'aime bien aussi être une fille face A !
J'éprouve une certaine affection pour les dernières semaines de l'été, quand on est plein d'envies et d'inspiration, que le souvenir des vacances est encore vif et qu'on guette avec impatience les petits enthousiasmes de l'automne à venir, les nouveaux films, les nouveaux romans, les nouveaux élans comme autant de promesses intimes.

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dimanche 3 août 2014

L'été grenadine (un début)


Rentrer de Biarritz dans la nuit.
Dans la voiture, Daydreaming de Dark Dark Dark (est-ce une chanson de fille face B ? La question reste entière) mais aussi des bagels au saumon avec beaucoup de roquette, de l'eau qui pique, un gâteau basque qui fait des miettes partout, des chips onion and cream qu'on ne grignoterait jamais dans la vie normale mais là, si.
Les rouleaux de foin, les éoliennes, l'architecture des nuages, la texture de la lune, parfois les pluies d'été.
Parler de Quand passent les cigognes.
Les mauvais souvenirs et les très très bons (les promenades nocturnes et le bruit de l'océan, les mojitos et le champagne avec les délicieux tapas du CDFG*, les dîners sur les nappes à carreaux rouges chez Pilou, les longs moments au Festin Nu et les discussions timides avec les libraires -que dire quand on vous dit "Alors vous êtes fan de Rohmer ? "...)
A l'arrivée, la boîte aux lettres qui s'ouvre sur une avalanche de courriers, et entre deux revues dans leur emballage plastique qui crisse, une carte qui vient de loin, avec une machine à écrire dessus et des mots qui font chaud dedans, dedans.
Vérifier que les plantes se portent bien (ce fut le cas).
Le délice de dormir dans son propre lit, ses propres draps, quand on en a été tenu éloigné un certain temps.
Le lendemain, enfiler des vieux vêtements qui rappellent d'autres époques (l'internat, les nuits de garde) et faire plein de lessives parce qu'il faut refaire la valise et qu'on n'aura même pas le temps d'aller voir Boyhood : demain, très tôt, un autre voyage commence !

*le Comptoir du Foie Gras, 1 rue du Centre, est l'endroit idéal pour prendre le pouls de la ville en début de soirée. Tout y est appétissant et réjouissant (surtout les tout petits sandwiches au magret fumé et à la confiture d'oignon et la tortilla, épaisse comme un oreiller). 
Et puis:
Chez Pilou, 3 rue Larralde, où l'on mange avec appétit des croquettes de poulet, de la hure de cochon avec plein d'herbes fraîches, des échalotes et des cornichons, du poisson cuit au cordeau et une exquise crème caramel.
Le Festin nu, 2 rue Jean Bart, une librairie qui ne fait pas semblant d'être une librairie.
Mais encore:
BB Wok, 65 avenue de Verdun, un endroit tranquille et souriant, avec plein de gingembre frais, de citronnelle, de basilic et de piment dans les assiettes colorées.
Le Milwaukee Café, 2 rue du Helder, pour son jus Green Detox revivifiant, son cheesecake tout simple et son pulled pork sandwich (qui serait encore meilleur avec du coleslaw dedans mais bon...)

A bientôt pour de nouvelles aventures !

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mardi 15 juillet 2014

Courrier des lecteurs

//Page 90 du numéro 702 des Cahiers du Cinéma//

Je ne savais pas comment faire
Oh mon dieu quel enfer
Et par où commencer
C'est la timidité

Chers Cahiers du Cinéma,
Tu ne pouvais pas le savoir mais dimanche prochain, cela fera dix-sept ans que je n'aurai plus dix-sept ans, cela fait donc un peu plus de dix-sept ans que je te lis.
Tes premiers numéros, je ne les achetais pas, je les empruntais, et même une fois je t'ai volé (forcément, c'était celui sur la Nouvelle Vague).
Certains exemplaires restent à jamais liés à des moments très précis de ma vie. Celui que j'ai lu dans le train quand je suis partie de mon hypokhâgne pour de mystérieuses raisons (avec Nicolas Cage en couverture, je t'avoue que ça ne m'a pas trop consolée), celui que je lisais quand j'ai appris que j'étais reçue au concours de première année de médecine (Luis Bunuel, déjà plus enthousiasmant), celui offert par mon amoureux l'été de notre rencontre (ça tombait bien, Truffaut faisait ta une). Il y a même des numéros pour lesquels j'éprouve une sorte de fétichisme, celui qui est paru après la mort de Rohmer par exemple, et son titre réjouissant, Rohmer for ever. Celui-là, je l'ai rangé de telle sorte que j'ai toujours un oeil sur lui quand je suis assise à mon bureau. Il y en a aussi que j'exècre et à cause desquels j'ai failli rompre avec toi. Ainsi, celui avec Johnny H. m'avait beaucoup énervée, j'en ai arraché la couverture et c'est la seule fois où j'ai consenti à porter atteinte à ton intégrité physique. Dans les vide-greniers, je guette tes vieux numéros et j'aime les visages des acteurs aux couleurs passées.

Alors voilà, cela fait plus de dix-sept ans que tu nourris chaque mois mon désir insatiable de cinéma et en même temps ma tristesse infinie, parce que du cinéma, je n'en ferai jamais. J'aime l'ampleur de tes entretiens, tes pas de côté et ton intransigeance, j'aime les photographies qui te parcourent, les titres de tes articles, tes partis pris. Certaines fois, à la lecture des méthodes de travail de certains metteurs en scène, j'ai la gorge qui se serre, et je te suis infiniment reconnaissante de me faire vivre ça, cette émotion-là. Tu revivifies tellement régulièrement mes envies de films que je te pardonne certaines lubies, comme la fois où tu avais fait figurer Loft Story dans ton classement des dix meilleurs films de l'année.
Il y a des articles que je n'oublierai jamais, pas parce qu'ils sont meilleurs que les autres mais parce que j'avais l'impression qu'ils avaient été écrits pour moi. Je me souviens par exemple d'Emmanuel Burdeau à propos de Three Times, de Mia Hansen Love qui parle de la Nouvelle Vague (oui bon, je suis incorrigible...) et plus récemment, de Nicholas Elliott quand il dit avec une délicate pertinence ce que lui évoque La Jalousie de Philippe Garrel (d'ailleurs, j'ai entendu à la radio la voix de Nicholas Elliott et elle m'a étrangement émue, j'aime beaucoup le lire et tout à coup il s'incarnait).
A la maison, c'est toujours moi qui t'accapare en premier mais mon amoureux aime bien que je lui lise certains articles à voix haute, et toutes les discussions qui s'ensuivent, tout ce babillage intime que nous avons autour du cinéma, nourrit le désir et incite encore et encore à s'abreuver d'images et d'histoires.
Tout ça pour te dire que quand j'ai vu mon nom dans le dernier numéro, un frisson intense et mystérieux m'a parcourue. Certes tu m'avais gentiment prévenue la veille par un petit message mais la matérialisation de cette annonce m'a filé une immense tachycardie. J'étais tellement ravie que je te pardonne même d'avoir (un peu) coupé mon texte.
Alors j'avais envie de te remercier, pour ça, et pour tout le reste.

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