dimanche 3 août 2014

L'été grenadine (un début)


Rentrer de Biarritz dans la nuit.
Dans la voiture, Daydreaming de Dark Dark Dark (est-ce une chanson de fille face B ? La question reste entière) mais aussi des bagels au saumon avec beaucoup de roquette, de l'eau qui pique, un gâteau basque qui fait des miettes partout, des chips onion and cream qu'on ne grignoterait jamais dans la vie normale mais là, si.
Les rouleaux de foin, les éoliennes, l'architecture des nuages, la texture de la lune, parfois les pluies d'été.
Parler de Quand passent les cigognes.
Les mauvais souvenirs et les très très bons (les promenades nocturnes et le bruit de l'océan, les mojitos et le champagne avec les délicieux tapas du CDFG*, les dîners sur les nappes à carreaux rouges chez Pilou, les longs moments au Festin Nu et les discussions timides avec les libraires -que dire quand on vous dit "Alors vous êtes fan de Rohmer ? "...)
A l'arrivée, la boîte aux lettres qui s'ouvre sur une avalanche de courriers, et entre deux revues dans leur emballage plastique qui crisse, une carte qui vient de loin, avec une machine à écrire dessus et des mots qui font chaud dedans, dedans.
Vérifier que les plantes se portent bien (ce fut le cas).
Le délice de dormir dans son propre lit, ses propres draps, quand on en a été tenu éloigné un certain temps.
Le lendemain, enfiler des vieux vêtements qui rappellent d'autres époques (l'internat, les nuits de garde) et faire plein de lessives parce qu'il faut refaire la valise et qu'on n'aura même pas le temps d'aller voir Boyhood : demain, très tôt, un autre voyage commence !

*le Comptoir du Foie Gras, 1 rue du Centre, est l'endroit idéal pour prendre le pouls de la ville en début de soirée. Tout y est appétissant et réjouissant (surtout les tout petits sandwiches au magret fumé et à la confiture d'oignon et la tortilla, épaisse comme un oreiller). 
Et puis:
Chez Pilou, 3 rue Larralde, où l'on mange avec appétit des croquettes de poulet, de la hure de cochon avec plein d'herbes fraîches, des échalotes et des cornichons, du poisson cuit au cordeau et une exquise crème caramel.
Le Festin nu, 2 rue Jean Bart, une librairie qui ne fait pas semblant d'être une librairie.
Mais encore:
BB Wok, 65 avenue de Verdun, un endroit tranquille et souriant, avec plein de gingembre frais, de citronnelle, de basilic et de piment dans les assiettes colorées.
Le Milwaukee Café, 2 rue du Helder, pour son jus Green Detox revivifiant, son cheesecake tout simple et son pulled pork sandwich (qui serait encore meilleur avec du coleslaw dedans mais bon...)

A bientôt pour de nouvelles aventures !

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lundi 27 août 2012

Un été sur la côte - Vertiges du mois d'août

Le mojito et les tapas délicieux du CDFG, mon QG préféré à Biarritz (même s'ils n'ont pas voulu me céder la jolie tasse bleue émaillée avec un nuage dessus au terme d'une semaine de fréquentation pourtant assidue).

Te souviendras-tu de la fraîcheur des librairies, et le jour où tu m'as photographiée dans une robe à pois alors que je feuilletais une monographie en noir et blanc? Je disais C'est dommage, il y a trop de portraits. Tu as voulu refaire la photo. Evidemment, la première est la plus jolie.
Te souviendras-tu du jour de pluie au Breakfast Club? Nous avions envie de sweat-shirts à capuche, de crumpets et d'oeufs brouillés. J'ai dévoré mes saucisses et mes tomato beans fumants, on n'avait plus faim pour le carrot cake. C'était le jour parfait pour voir à quelques heures d'intervalle Lola et Alice doesn't live here anymore. Dans la nuit, au détour des rues que tu connaissais par coeur et moi très mal, nous avons parlé d'Harvey Keitel, de Wanda et de Cécile Cassard.

Te souviendras-tu de l'infusion désaltérante à Motchiya, son parfum d'églantine et de poire? L'adorable cuisinier découpait des légumes avec concentration et faisait cuire des champignons dans des vapeurs de gingembre.
Te souviendras-tu à Bilbao le premier soir, à la terrasse d'un café de quartier, le vin n'était pas cher et se défendait bien, la table d'à côté faisait un interminable dîner avec plein de poissons grillés et de calamars frits.
Te souviendras-tu du feu d'artifice au-dessus de la grande plage à Biarritz? Et puis aussi les nectarines du marché, les pommes de terre fondantes qui avaient rôti dans le jus du poulet (l'expérience pour moi inédite d'acheter un poulet déjà rôti et d'ouvrir le sac en papier kraft tout chaud, ton regard amusé en voyant la photographie instantanée que je venais de prendre de la table du dîner On dirait une scène d'un Rohmer), les puits d'amour, les glaces au yaourt, les crêpes au chocolat, les petites pâtes de fruits, les brioches au sucre, le parfum des macarons Adam quand on ouvrait la boîte en fer violette, les sandwiches d'Arostéguy au poulet mariné et aux tomates confites, bien emballés dans du papier blanc fermé par une ficelle à rayures.
Nous avons aussi partagé deux dîners dans une jolie maison remplie de belles et de bonnes choses, avec deux hôtes charmants et nous avons parlé pendant des heures de Copenhague et de New York, d'Olivier Assayas, François Truffaut, Tsai Ming Liang, Theo Angelopoulos, Alexandre Sokourov, de La piscine et de Lawrence d'Arabie mais aussi de tout un tas d'histoires qui mêlaient secrets de famille, souvenirs tendres ou angoissants, lubies timides et espoirs intimes, le genre de conversations qui s'accordent bien avec les soirées d'été et leur torpeur amicale.
Nous aimions nous promener la nuit à Bilbao, sur les ponts vertigineux et autour du Guggenheim désert, avec l'araignée de Louise Bourgeois qui nous dévisageait de façon un peu effrayante. Il y avait une boutique un peu magique, qui s'appelait Persuade, où des habits aux coupes précises et aux matières précieuses s'alignaient en provoquant une désespérante stimulation du désir. J'ai reposé poliment la paire de moufles en alpaga. Ce soir-là, nous avions dîné à Bascook, et le fait que le menu y côtoie une critique enthousiaste de la bande dessinée de Christophe Blain sur Alain Passard était plutôt bon signe.
Depuis la terrasse de l'appartement de Biarritz qu'il avait choisi avec soin et patience, on voyait à nos pieds la plage des Basques et ses rouleaux qui se répétaient à l'infini, dans un mouvement hypnotisant.
Entre la plage et son sable brûlant sous les pieds, les incursions à In the middle voir les nouveautés et les flâneries de rigueur dans les rues pentues de Biarritz, j'aimais passer du temps au Festin nu, à feuilleter des livres de cuisine et des revues de cinéma. Interrogée doucement par W. à ce sujet, la libraire avait conseillé de dîner à BB Wok et elle avait raison, c'était délicieux. Le soir où nous avons mangé chez Pilou, après la crème au chocolat incroyablement soyeuse, il a dit Non mais on va aussi goûter celle au caramel tu crois pas? Ce fut une riche idée.
Nous sommes rentrés avec des dizaines de livres, une paire de lunettes anglaises, une autre de chaussures, anglaises elles aussi, une autre encore de palmes pour les vagues de l'année prochaine, une jupe à porter avec une chemise en jean mais je m'obstine à mettre un pull rayé et des conserves basques pour l'hiver.
Sur la plage, en terrasse, allongée sur des canapés dans divers salons, sur l'immense lit de l'hôtel de Bilbao juste en face du musée, j'ai lu La lettre écarlate de Nathaniel Hawthorne, Ma cousine Phillis d'Elizabeth Gaskell, 120 recettes de cuisine traditionnelle coréenne de Sabine Yi, plusieurs chapitres de Vers une architecture du Corbusier, Les yeux plus gros que le ventre des facétieuses Editions de l'Epure, Une éducation sentimentale de Gustave Flaubert, le très précieux Appetite for design et le très lourd Coco aux Editions Phaidon (j'ai promis de faire des petites pommes de terre comme Inaki Aizpitarte).
Quelques jours après le retour, au travail, un garçon me dit gravement Souvent, j'ai peur d'oublier que j'ai été heureux. Il ne peut pas voir que mon regard se brouille. Je préfère certains contre-jours aux images saturées.



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