vendredi 13 juin 2014

La vie clafoutis


Pour ne pas céder à l'énervement facile bien que justifié (fréquentation assidue de l'hôpital en tête de liste, je n'entre pas dans les détails), je conseille de faire un clafoutis aux cerises (dénoyautées. Ça occupe et c'est quand même plus simple à manger).
Ici, nous aimons le clafoutis de la mamie de G. qui portait des jolis tabliers et le prénom d'une héroïne shakespearienne.

Sa version a une texture de flan et un goût très simple, lacté et fruité, très doucement vanillé. Il est vraiment bon bien froid, avec un thé bien chaud, pour vivre les contrastes autrement que dans les poumons. Il se défend aussi avec une tasse de chocolat au petit-déjeuner parce que le cacao donne de la profondeur au goût des cerises.
La mamie de G. connaissait la recette par coeur mais elle me l'avait recopiée sur une feuille de cahier 96 pages. Je n'ai plus besoin de la consulter pour la mettre en pratique. Essayez, vous verrez.
Commencez par choisir une émission radiophonique. Mon choix s'est porté sur Mathieu Amalric chez Laure Adler. Si j'avais été à la place de Laure, je me serais abstenue de faire des remarques sur ses amoureuses et après le récit de sa première anecdote, aux funérailles de Jean-Paul Sartre, j'aurais plutôt demandé Mais vous avez remarqué que vous tombez très souvent dans vos films aussi ? Mais l'heure était au clafoutis et j'ai remballé à regret mes ambitions d'intervieweuse.
Commencez par beurrer copieusement un plat à gratin, puis dénoyautez un petit kilo de cerises, que vous mettez au fur et à mesure dans le plat.
Fouettez trois oeufs avec 150g de sucre blond de canne.
Versez 150g de farine et mélangez bien.
Ajoutez deux verres de lait frais, puis un verre généreux de crème fraîche, épaisse et entière, mélangez bien entre chaque.
Versez cet appareil sur les cerises.
Saupoudrez toute la surface d'un voile de sucre vanillé (maison), parsemez de toutes petites noisettes de beurre.
Faites cuire à four très doux (140°-150°), environ une heure, jusqu'à ce que le dessus soit doré, craquelé, caramélisé.

Si le clafoutis ne suffit pas, j'ai d'autres conseils de printemps !
-revoir Les amours imaginaires et passer trois journées à chantonner Le temps est bon/Le ciel est bleu/J'ai deux amis/Qui sont aussi mes amoureux...
J'ai d'ailleurs un super test pour savoir si je vais bien m'entendre avec quelqu'un. Je glisse au détour de la conversation C'est pas parce que c'est vintage que c'est beau ! et j'attends de voir. Sauf que je suis obligée de constater que ça ne marche pas très bien (une façon de dire que je ne m'entends avec personne...)
-lire La ballade d'Hester Day de Mercedes Helnwein et retenir son souffle le long des trois cents pages. Vous n'êtes pas prêts d'oublier le super personnage d'Hester, une fille dotée d'une lucidité et d'un sens de la répartie fulgurants. En roue libre sur les routes nord-américaines, elle éprouve ses convictions et sa liberté à bord d'un camping-car déglingué avec son mari fraîchement rencontré au volant et son petit cousin à l'arrière.
-s'absorber dans le visionnage de La fabrique du Conte d'Eté, pour voir Rohmer au travail (mais aussi en boîte de nuit) et surprendre la tristesse, discrète et douce, dans le regard d'Amanda Langlet, le dernier jour du tournage.
Et puis, dans un autre ordre d'idées, porter des sandales et des robes à manches courtes, se dire qu'on va revoir des amis qui sont loin, glisser beaucoup de menthe fraîche dans la carafe de thé glacé.

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dimanche 27 novembre 2011

Hier soir j'ai trouvé ça bien (côte fleurie et carrot cake)

J'ai mis trop de temps à écrire ce billet, rapport aux nouveaux horaires de travail assez harassants. Quand j'étais ado, je rêvais à une vie d'urgentiste survoltée où l'on est déjà ravi de voler un moment pour traverser la rue qui sépare l'hôpital de la gargote qui sert des doughnuts pâlots et du café tiède dans un gobelet en plastique que l'on jette dans la poubelle de l'hôpital en s'impatientant déjà du prochain doughnut. Il se trouve que je ne suis pas urgentiste et que je n'aime ni le café ni les doughnuts mais désormais, je maîtrise la sieste debout dans le bus et si j'ai une minute pour avaler deux gorgées de thé, il m'importe peu qu'il soit de médiocre qualité et mal infusé. Je m'habitue peu à peu et développe quelques stratégies pour améliorer ces inconforts, je n'ai presque plus besoin de m'offrir la futilité indispensable de fin de journée qui permet de mieux appréhender la suivante. Sûr qu'après les vacances de Noël, j'aurai un sourire neuf plus souvent! Surtout si comme vendredi soir, G. m'attend avec des burgers maison et des chips au cheddar quand je rentre vers 21 heures...
Ainsi, je ne savais plus si j'avais envie d'évoquer notre échappée belle en Normandie qui me paraît si lointaine ou le charme des émissions radiophoniques de Laure Adler, dont je rêverais, un jour, de prendre la place. Dans une interview donnée à Télérama*, Vincent Delerm ( oui ...) dit cette chose tellement juste "Les gens imaginent souvent qu'on choisit son style, alors qu'en fait on fait ce qu'on peut, on suit sa pente naturelle."*****

Il faisait vraiment très froid dans les rues de Trouville même s'il porte désormais une épaisse écharpe bleue qui m'avait appartenue autrefois car J'aime t'avoir à mon cou.
Le premier refuge fut le bar provisoire de Merci (oui, Merci à la plage), où l'on vous sert en fronçant des sourcils étonnés votre thé vert avec un morceau de fromage (indispensable car nous n'avions pas déjeuné et il était environ dix-sept heures), la confiture de fraises était quant à elle plutôt aimable. Aux autres tables, une femme seule cheveux blonds lâchés et manteau en drap de laine bleu marine grille des cigarettes élégantes au-dessus d'un manuscrit, une jeune fille avait assorti sans réticence un col claudine, des derbies vernies et un manteau léopard, les garçons portent tous des doudounes. Je garde mes mitaines rose pâle autour de la tasse de thé.
J'ai eu un petit choc, outre le froid et la foule qui aime se regarder et vérifie qu'on la regarde, lors notre passage à ce qui était autrefois
Topolina, un moment qui n'aurait pas déparé dans un film de Bunuel (j'ai dit Lynch mais il m'a gentiment corrigée. Par ailleurs, je me suis récemment aperçue qu'en fait, je n'aimais pas trop David Lynch -on a (re)vu Twin Peaks). A la place de la table d'hôtes où j'avais tant aimé dîner sur des fauteuils dépareillés, dans la chaleur rassurante du grand feu de cheminée, devant le piano à queue où s'accumulaient des partitions de J-S Bach, cet endroit dont je me souviens aussi très précisément du menu (une soupe de chou-fleur, un rôti de veau avec plein de jus, une tarte aux pommes croulant sous les fruits bien caramélisés), il y a désormais une sorte de brocante franchement inquiétante dans son accumulation discordante et, ce soir-là, une jeune femme y apprenait très laborieusement à chanter avec une professeur maniérée. Il y avait quelque chose d'effrayant et de très violent dans cette voix qui s'époumonnait vainement.
La chambre d'hôtel était au dernier étage d'une immense maison normande pleine de couloirs, de recoins et de papier peint fleuri. On voyait les toits, le clocher de l'église et les mouettes capricieuses depuis les petites fenêtres. En attendant d'aller dîner, il m'a tendu un petit paquet et sous le papier kraft bleu, il y avait
un coffret Sophie Calle. Alors, allongés sur la couverture matelassée, nous avons contemplé ses cadeaux d'anniversaire scrupuleusement photographiés car Sophie craint toujours d'être oubliée. Ainsi, à partir de 1980, jusqu'en 1993, et ce tous les ans, elle organise un dîner avec un nombre d'invités égal à celui des années fêtées. L'un des invités convie un invité mystère et Sophie compile et photographie tous les cadeaux reçus: des bouteilles de champagne et du chocolat suisse mais aussi un dessin de Topor, des oeuvres d'Annette Messager ou, dans un autre style, une fricassée de langoustes. J'aime les cadeaux de ses parents (une gazinière, un aspirateur...), cela me rassure.
Bientôt, il fut l'heure d'aller dîner aux Quatre Chats. Plein, plein de monde à chaque étage du restaurant, petit manchon en fourrure pour certaines, foulard en soie pour les garçons. Sous les suspensions en forme de nuage des cuisines, on s'agite sec. Le patron a toujours cette familiarité peut-être défensive, il n'est jamais avare en tapes dans le dos et compliments sur le sourire mais peu importe, on nous dresse une table dans un petit coin caché et, assis sur les banquettes moelleuses, nous observons les présentations tapageuses des autres dîneurs.
Aux Quatre Chats, la cuisine est sensuelle et précise. Le pain arrive entier, tout chaud dans la corbeille, le coeur d'aloyau rôti pour deux est parfaitement saignant et comble toutes les impatiences carnassières, les pommes de terre sautées servies sur une assiette brûlante sont rustiques et ravissantes. Je n'aime rien tant que ces nourritures simples et percutantes et la glace au chocolat au lait du dessert restait dans un même ordre d'idée, moelleuse, onctueuse et intense de manière inédite.
Absolument ravis par ce dîner plein de bonne humeur, nous avons profité de la plage déserte sur laquelle flottait presque irréelle la lune pâle et pleine. Nous avons beaucoup marché, discuté et ri avant de rentrer à l'hôtel au milieu de la nuit, trouvant encore le courage de nous arrêter contempler quelques vitrines.
Le lendemain, sillonnant tranquillement la jolie côte fleurie normande, je garderai l'odeur de la cire fraîche croisée dans une droguerie, la fraîcheur d'une tarte à l'orange, le chocolat sombre et mousseux dans la carafe en céramique blanche, les piles de pommes et les gros fromages au marché de Honfleur, la crêpe au citron du goûter, la mer partout tout le temps.
C'était le petit répit avant la grande rentrée!
****

Rien à dire d'autre sinon que
l'entretien en deux parties de Laure Adler avec Philippe Garrel est absolument indispensable si comme lui, comme moi, vous pensez que les films de la Nouvelle Vague aident à vivre.
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Indispensable aussi, le carrot cake acidulé des soirées qui se prolongent.
J'ai gardé la base du
coconut carrot cake de Lilo en remplaçant le coco par de la poudre d'amandes et en ajoutant des zestes et du jus de citron, du gingembre râpé et de la vanille.


*pendant très longtemps, j'ai été abonnée à Télérama. L'un de mes grands plaisirs était de le découper pour en faire divers collages jusqu'au jour où je me suis aperçue que je le découpais avant de le lire, de plus en plus agacée par des partis pris et certaines couvertures. Mon abonnement a pris fin. Je n'avais pas feuilleté un Télérama depuis au moins cinq ans. Dans l'article consacré à Vincent Delerm, il y a une note de bas de page qui précise ce qu'est la cold wave, de façon pour le moins condensé. Je ne relirai probablement pas de Télérama. Mais la prochaine fois, j'aurai plein de lectures à évoquer! En attendant, j'ai (un peu) remis à jour
l'index des recettes...

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samedi 26 février 2011

C'est peut-être mieux comme ça (le coconut carrot cake qu'elle ne goûtera pas)


(Billet commencé jeudi soir, aux alentours de minuit)
Je rentre tout juste de Kontakthof dont c'était la première, ce soir au TNB.
J'étais au cinquième rang, sur la gauche, en face du cheval mécanique qu'enfourche avec une tristesse froide une jeune fille en robe violette qui avait demandé pour cela quelques piécettes à des spectateurs timorés.
Je porte une robe à manches courtes mais j'ai quand même très chaud, je cache mon argentique sous le trench posé sur mes genoux.
Ma voisine fait la conversation et j'acquiesce poliment: est-ce que j'ai vu le documentaire, est-ce que je suis abonnée au TNB, qu'est-ce que je fais dans la vie (là, elle a pris un air très étonné*), et ça me plaît ce que je fais dans la vie, est-ce que je sais qu'il y le même spectacle joué par des seniors, mais quand même ça doit être moins bien, c'est vraiment pas le même public que d'habitude, le décor est vraiment magnifique, on a de la chance d'être bien placé.
Elle m'apprend qu'elle a abandonné des études de biologie pour commencer un cursus d'arts du spectacle, parce qu'elle a mis du temps à admettre qu'elle était plutôt littéraire.
Et puis heureusement, le spectacle a commencé.
Au début, j'étais un peu décontenancée, il y avait beaucoup d'attente de ma part (sachez que pour avoir ma place, j'ai stagné une heure et demie devant la billeterie spécial étudiants où quatre pauvres places étaient disponibles pour la vingtaine de filles à lunettes carrées qui les convoitaient derrière leurs grands verres) et j'étais un peu angoissée, j'avais peur d'être déçue. Ce fut un peu le cas au début quand j'ai constaté que le rôle principal n'était pas tenu par Joy, cette grande fille diaphane qui m'avait tellement plu dans Tanztraüme, mais par une petite brune qui n'avait pas du tout sa fragilité particulière et magnétique.
J'ai quand même été très vite happée par la grâce et le rythme du spectacle, frais et enlevé, et si triste aussi, parce que j'ai l'impression qu'il n'y a que des rencontres ratées, des amours manquées, des rendez-vous violents, des caresses maladroites. J'ai été très émue par leur salut final, heureux et épuisé.
J'ai trouvé que le public était injustement glacial et pincé alors j'ai vite filé dans la nuit pour ne pas entendre les conversations désagréables de sortie de spectacle.

A la maison, j'ai grignoté du cake au chocolat et au citron en repensant à cette façon si particulière qu'ils avaient de se toucher le lobe de l'oreille ou une mèche de cheveux.
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Un samedi, je me suis dépêchée de foncer à la librairie avant qu'elle ne ferme et que je me retrouve en rade de roman pendant le week end (et donc contrainte à finir un des livres que j'empile sur l'étagère maudite et honteuse, par exemple la vie d'Harold Pinter par Antonia Fraser, commencé sur la plage à Biarritz, laborieusement poursuivi dans l'avion qui allait en Suède puis lamentablement oublié au fond de la valise pour cause d'agacement prononcé).
Je n'avais pas d'idées précises en tête, j'aurais bien aimé quelque chose d'aussi délicieusement écrit que les magnifiques textes d'Hervé Guibert sur la photographie que je lis avec fascination et émotion un peu chaque jour.
Alors que je parcours les étagères de littérature étrangère, la gentille libraire (celle avec les cheveux tout frisés et des jolies lunettes, pas celle avec les longs cheveux lisses qui se moquait l'autre jour d'un ado qui lui avait demandé s'ils avaient en rayon Ulysse et le lycée) vient me saluer et même s'enquérir de ma santé (c'est comme ça que je comprends "Vous allez bien?" mais ça doit être une déformation professionnelle). Du coup, je fais ce que je ne fais jamais, je demande si elle a lu des trucs trop bien dernièrement. Elle me sort alors plein de beaux romans et les défend avec beaucoup d'enthousiasme sans jamais avoir l'air niaise, ce qui est très appréciable. Je dis un peu ce que j'aime et elle affine ses conseils. Je n'aurais jamais cru avoir cet accueil dans une grande librairie comme celle-là. Je me dis que la libraire m'aime bien parce que nous avions très longuement parlé, avec un enthousiasme partagé, du travail de Martine Camillieri quand son livre sur les doudous était sorti. Du coup, quand elle m'offre une jolie boîte de chez Zulma et l'affiche qui fête leur vingt ans d'existence, je suis ravie et surprise parce que j'ai toujours peur que les gens me trouvent insupportable et que toute marque de gentillesse me liquéfie un peu, surtout parce qu'elle dit "J'attendais d'avoir quelqu'un de bien pour offrir la boîte et je crois que c'est vous".
Une fois rentrée à la maison, je raconte cette petite aventure à G. et je me rends compte que j'aimerais bien mieux connaître la libraire. Je pourrais l'inviter à boire un thé, ça ne paraît pas trop compliqué. Et puis je lui ferais du coconut carrot cake.
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Le coconut carrot cake est très librement inspiré du cake à la carotte violette et à la noix de coco de Lilo. Il réalise tous mes souhaits concernant le carott cake parfait: quelque chose de très moelleux, presque humide, délicatement parfumé à la cannelle, sans fruits secs et avec un très discret goût de carotte. L'ajout de noix de coco est pour moi miraculeux!
Comme G. ne se plie au gâteau à la carotte qu'en présence d'un glaçage, celui-ci a été improvisé en fouettant du fromage frais avec du sucre glace et du jus de citron. Il en fut absolument ravi.
Bien que les carotte Purple Haze se trouvent très facilement au marché, j'ai choisi des carotte classiques élevées au grand air de l'île de Batz.

Pour un petit moule de 20cm de diamètre
-170g de carottes râpées finement
-100g de farine (ici T80)
-150g de sucre blond de canne
-60g de noix de coco (merci Chris!)
-120g de beurre demi-sel fondu
-2 oeufs
-1cc bombée de levure
-1cc bombée de cannelle

Préchauffer le four à 180°.
Mélanger la farine, la levure, la noix de coco, le sucre et la cannelle.
Faire un puits et y verser le beurre fondu. Mélanger.
Ajouter les oeufs un à un puis les carottes
Verser la préparation dans un moule beurré et fariné ou recouvert de papier sulfurisé.
Faire cuire environ 40 minutes.
J'ai trouvé que c'était meilleur froid. Vous me direz!
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Evidemment, je n'oserai jamais inviter la libraire. C'est n'importe quoi.
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Sinon, l'excellente et réjouissante nouvelle, c'est qu'après la soutenance d'un mémoire qui craint (pas comme ma mémoire, mais je ne sais plus si c'est une bonne chose), il y aura un avion pour New York au début du printemps! Alors si vous avez des conseils ou des adresses planquées, je serai très heureuse de les éprouver. Par le passé, à Amsterdam comme en Suède, les bons plans des lecteurs ont toujours été à la hauteur... Merci d'avance!

*quand il s'agit de deviner quel est mon métier, les gens disent des choses aussi différentes et étonnantes que: architecte, femme de ménage, artiste ou pédiatre (ah! presque). J'aime bien que cela ne se voit pas, et qu'il y ait un petit mystère.

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mardi 4 janvier 2011

I was a fan and I still really am (du cake à la banane)


Comme il faisait suffisamment froid pour produire des petits nuages de buée lors d'une simple conversation (sur la pertinence du velours côtelé quand il s'agit de pantalon, rendez vous compte), on se promenait quand même d'un pas plutôt pressé aux alentours de Filles du Calvaire. Mais quand j'ai aperçu l'installation de Martine Camillieri dans la vitrine de Bonton, il devint impératif de s'arrêter et de prendre quelques photos, même si cela nécessitait une certaine stagnation peu congruente au froid ambiant.
M. Camillieri a toujours su détourner les objets du quotidien d'une façon ludique et malicieuse. Dans son très joli livre sorti cet automne aux Editions de l'Epure, elle vous donne envie de transformer un filet à ail en mini-hamac de poupée, de fabriquer un camping-car avec un bidon d'eau et des bouchons de lait, des petits bolides avec des pommes de terre rôties, des mini hamburgers et des Tout Mini-Cônes aux cookies et aux petits-suisses, de collectionner petits cageots de bois et micro pots de confiture pour des étagères d'épicerie de poupées. C'est charmant, et j'étais ravie de voir en vrai les goûters des doudous (puis d'aller faire des photomatons avec G. dans la cabine vintage de Bonton. Ce n'était pas précisément très narcissisant mais quand même assez drôle).

Deux jours plus tard, toujours sans pantalon en velours côtelé mais avec le souvenir d'un délicieux dîner à L'arbre de sel, j'ai ressenti un frisson de joie et d'émotion immense en allant à la Cinémathèque pour l'exposition Brune/Blonde.
Oubliée la triste avenue de Bercy secouée par le vent mauvais, je suis happée par la démarche libérée et heureuse de Shu Qi dans Millenium Mambo, ses beaux cheveux noirs qui palpitent dans son dos, son visage secret et lisse quand elle se retourne. Je suis hypnotisée par le mélange des souvenirs (quand j'avais vu ce film toute seule il y a plusieurs années, je sais que je portais une jupe bleue et une veste rouge en maille tricotée) et la surprise très belle du moment présent, avec G.
J'ai adoré tous les petits écrans qui diffusaient des extraits choisis avec érudition, finesse et malice, d'ailleurs les gens qui parcouraient les allées de l'exposition se souriaient régulièrement (il y avait une fille qui avait l'air très sympa avec une marinière et une veste en jean). L'évolution de la coiffure de Catherine Deneuve à travers des couvertures de Elle était aussi assez amusante (comme le fait de constater qu'autrefois il était possible qu'une actrice telle que Liv Ullman fasse la une du magazine), et le court métrage de Kiarostami, juste avant de quitter l'exposition à regret, sobrement intitulé No, malicieux à souhait. Toute cette profusion d'images était absolument excitante et galvanisante et trouva dans la librairie de la Cinémathèque une petite prolongation ludique puisque j'ai fini très vite après l'avoir dévoré un court texte d'Olivier Assayas acheté là-bas et intitulé Une adolescence dans l'après-Mai.
Ecrit en 2002 alors qu'il est à Goa après la fin du montage de Demonlover, il retrace très précisément les évènements (personnels et historiques se confondent) qui ont fait de lui un cinéaste. Parce que ce texte est adressé à Alice Debord (qu'il a aidée à rendre publics des films expérimentaux de Guy Debord), parce qu'il est dédié à Mia Hansen-Love (sourire fragile dans Fin août, début septembre, elle avait écrit un très beau texte sur son attachement à la Nouvelle Vague dans les Cahiers du cinéma), parce que j'aime bien les films d'Assayas (qui a de plus réalisé un documentaire sur Hou Hsiao-Hsien, tout se tient), ce texte qui a faillit être abandonné dans des cartons m'a fait pas mal d'effet.

En tout cas davantage qu'un dîner très étrange à Momoka, la veille de la visite à la Cinémathèque. J'avais réservé et cela paraissait sage devant l'exiguité du lieu. Juste quelques tables dans la salle aux murs nus, des tables hautes de part et d'autre desquelles on est juché sur des fauteuils tournants en plastique froid. Ils sont assez volumineux et les tables sont très rapprochées, ma voisine espagnole a donc dû ramper pour accèder à sa place et j'ai dû déranger mon autre voisine, qui portait un pull vert pomme, pour aller me laver les mains.
La serveuse était un peu débordée, il y avait beaucoup de monde, elle souriait peu (en fait pas) mais surtout, interrogée à ce sujet, elle nous a appris que le saké était fabriqué aux Etats-Unis (ce qui n'avait pas l'air de la déranger outre mesure).
Le dîner fut très incongru: les portions déjà minuscules étaient à partager (ce qui posa problème à la table d'à côté où l'une des convives était enrhumée), saveurs archi-reconnaissables et rabattues, assiettes presque balancées sur la table quant à elle pas régulièrement débarrassée, aucune description des plats ou réponse laconique et visiblement fausse quand on interroge la serveuse, pas d'alternance chaud-froid, ordre absolument aléatoire d'arrivée des mets, très longue attente régulièrement, inégalité évidente entre différentes tables qui ont pourtant pris le même menu (que le nôtre donc, pas tout à fait bon marché. Radoumi était un peu désemparée...). Un peu pesant. Hâte de partir. Trop écoeurée pour dire au revoir ou faire un sourire.
Alors qu'une certaine légèreté nous envahissait progressivement en descendant la rue Blanche (plaisir d'être sorti de là, de se retouver juste tous les deux, établissement de plan pour le reste de la soirée), des bruits précipités de socques se firent entendre sur le trottoir, dans notre dos. Une voix inconnue nous hèlait Monsieur, Madame, comme si elle appelait au secours. Nous nous retournons et apercevons la chef de Momoka, le visage crispé d'angoisse, courant vers nous, haletant.
Ma serveuse m'a dit que vous n'étiez pas contents...
Bah oui, je suis un peu déçue, j'avais très hâte de venir manger chez vous et c'était un peu dur-là. On n'a même pas eu certains plats!
Ah oui, ah oui, vous avez eu moins que les voisins... C'est parce que j'ai une nouvelle stagiaire et c'est elle qui s'est occupée de votre table et je n'ai pas vérifié ce qu'elle faisait... Et puis il y avait beaucoup de monde...
[Un peu honteux comme excuse ça quand même]
Bah c'est vrai que quand on a hâte de venir et qu'on est déçu c'est un peu dur vous voyez... Surtout que ça avait l'air bon, ce à quoi on n'a pas eu droit...
Oh vraiment vraiment merci beaucoup, merci beaucoup, merci beaucoup. Quand vous reviendrez, je vous reconnaîtrai et
...
On n'a pas entendu la suite mais ce n'est pas grave parce qu'on ne reviendra pas (c'est touchant, c'est vrai, qu'elle soit venue nous dire un dernier mot mais ça n'excuse rien. C'est mon côté impitoyable).
Ce repas laisse un petit goût d'autant plus amer que deux jours plus tard, nous avons retrouvé P. et N. à la même table de Tanpopo qu'au printemps dernier et que ce dîner fut une délicieuse façon de conclure l'année. Il y avait une très belle robe graphique, des petits souliers en cuir noir, un cardigan gris tout doux, des ballerines bleues avec un liseré doré, des bulles, des saint-jacques confites parfumées au yuzu avec des blinis au sarrasin et au topinambour, du magret fumé maison avec une sauce au raifort frais, du civet de sanglier au saké et au gingembre, un hamburger sophistiqué à l'oignon doux et à l'anguille (ci-dessous), du nougat glacé au matcha et le plaisir de se revoir.

Deux jours encore plus tard, une façon très étonnante (et épuisante, avouons-le) de commencer l'année. Alors que nous rentrions d'une séance de The swimmer que G. a trouvé passablement ennuyeux et vain, impossible d'ouvrir la porte de l'appartement. La clé tournait désespérément à vide dans la serrure. Toutes les solutions furent envisagées, les voisins furent sollicités (car nous n'avions rien d'autre sur nous qu'un portefeuille, pas de téléphone du tout). Il fut question d'appeler un serrurier mais nul ne voulait se déplacer car le problème paraissait compliqué et puis c'était dimanche soir, il fut question de monter par la cour et de casser un carreau mais l'étage était bien trop haut, il fut question d'ouvrir une autre porte d'entrée avec une feuille plastique mais ce fut un échec... Nous décidâmes d'aller dormir à l'hôtel et je peux vous dire que c'est un peu bizarre d'aller à l'hôtel dans sa propre ville à deux pas de la maison (a fortiori sans brosse à dents et puis sans habits propres, sans livres, tout ça). Et puis le dimanche à 22h30, il devient très compliqué de dîner à Rennes. J'aurais rêvé qu'il existe une chouette brasserie où dévorer une entrecôte tendre et juteuse avec de grosses frites maison. Mais il n'y avait plus que la solution du kebab... Je vous avoue que cette fois-ci, j'ai pris une bière.
Le réveil fut un peu surréaliste. Comme si nous venions de faire un très long voyage. Un petit déjeuner consolateur fut décidé d'un commun accord et de toute façon, le serrurier ne passerait qu'en fin de matinée. Quand il a enfin réussi à ouvrir l'une des portes, un sentiment de soulagement ravi m'a envahie. Après un baiser (destiné à G., pas au serrurier), je me suis précipitée dans la cuisine voir l'état du cake à la banane et au chocolat soigneusement préparé la veille et que je n'avais pas eu le temps d'emballer. La première tranche religieusement partagée s'est révélée délicieuse; le cake est moelleux, goûte très bien la banane, il n'y a pas trop de chocolat et il sent mystérieusement la noix de coco sans en contenir (en revanche, il est à la crème et il y a aussi un peu de café serré, deux très bonnes idées de l'inépuisable David Lebovitz, qui cherchait à se débarrasser de ses blancs d'oeufs).


Le cake à la banane de David LebovitzPour un moule à cake standard-210g de farine
-1cc de levure
-1cc de cannelle
-150g de sucre blond
-55g de beurre demi-sel bien mou
-1 blanc d'oeuf + 1 oeuf entier
-2 belles bananes très mûres, écrasées
-125mL de crème fraîche
-1/2 cc d'extrait de vanille liquide
-60g de chocolat concassé
-une petite tasse de café serré

Mélanger la farine, la levure, la cannelle et le sucre.
Battre le beurre avec les oeufs puis ajouter en mélangeant entre chaque ingrédient les bananes, la crème, la vanille et le café.
Incorporer ce mélange au premier en n'insistant pas trop, seulement jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de farine apparente.
Ajouter le chocolat, mélanger un peu.
Verser dans le moule beurré et fariné.
Faire cuire 40 minutes dans un four préchauffé à 180°.

Je vous souhaite plein de bons livres, de bons films et de bons gâteaux en 2011!

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