dimanche 1 mars 2015

Ils obtenaient lentement, morceau par morceau, des choses de leur vie

//La scène se passe en fait à Tampere, en Finlande//

Quelques nuits passées à essayer de s'endormir sur un matelas appartenant en temps normal à d'autres gens. Evidemment, je n'y arrive pas du tout, ou alors vraiment mal. J'écoute les bruits des rues inconnues, de ces maisons qui ne sont pas les miennes. Piétinements, souffles suspects, cliquetis, craquements, je remonte la couverture jusqu'au menton. Mais parfois sa voix fend doucement la pénombre "Je n'arrive pas à dormir... on peut parler un peu ?" Alors, dans le refuge de son épaule, nos voix chuchotées évoquent confusément des sensations, des souvenirs absurdes et émouvants, et tout un tas de petites choses idiotes qui ne se partageraient avec personne d'autre (jeux de mots approximatifs, plaisanteries, refrains de chansons pas du tout face B). Enfin apaisés, nous finissons pas nous rendormir. Au réveil, un clin d'oeil.
De retour de chez ses parents, évidemment, je cite mon inévitable référence et il répond "Mais pour moi aussi ça revient à ouvrir des boîtes de Canigou malgré tout !"
Pour occuper le long trajet du retour, nous décidons de choisir tour à tour les chansons qui nous divertiront de la monotonie de l'autoroute. L'occasion pour moi de partager mon goût immodéré pour un vieux tube inavouable (je me dédouane en citant Hou Hsiao Hsien à ce sujet), de découvrir que les titres de Radiohead vieillissent assez mal ("C'est un peu lyrique là, non ?" dit-il poliment) et de me demander ce que devient Coralie Clément (réponse dispensable). Nous grignotons des canelés, du chocolat Mast Brothers aux amandes ("Je ne comprends pas que tu n'achètes qu'une tablette à chaque fois" dit-il en décrétant que c'est définitivement son préféré) et des oursons à la guimauve. Enfin, il est annoncé sur le sachet koala à la guimauve mais nous sommes formels, ce sont des oursons. Moins bons que les vrais oursons en plus !
Les jours heureux sont parfois interrompus parce que je vais voir mon père à l'hôpital. Il reste peu de temps mais suffisamment pour alourdir les épaules et chaque pas. Je n'arrive toujours pas à me faire à l'odeur de plastique sale qui règne un peu partout là-bas, dans le hall, les escaliers, le service. Le jour où j'ai vu ma mère se laisser aller à pleurer sous mon regard, quand j'ai vu ces rivières sur ses joues et son renoncement à me les dissimuler, je me suis sentie très vieille en une seconde, comme si soudain toute l'enfance avait été enfermée dans un sac solidement noué et jeté à la mer. Tenir bon malgré tout.
S'enfuir à Paris, ce sont les derniers jours de l'exposition François Truffaut. La musique de La nuit américaine me fait monter les larmes aux yeux, je m'émeus aussi devant tous les petits papiers et divers carnets de François. Hypnotisée par Bernadette Lafont dans Les mistons, j'ai presque envie de faire de la bicyclette. Au déjeuner, tout le monde veut les oeufs Benedict de Rose Bakery avec sa fondue d'épinards acidulée. Et puis les musées, le name-dropping danois, la vie en noir et blanc d'Alix-Cléo sur les conseils avertis de A.
Le dimanche soir il faut déjà reprendre le train, mais pas sans avoir goûté aux pitas réjouissantes de Miznon. Le bonus gracieux, c'est qu'une fois que tout fut dévoré, la pita et le chou-fleur brûlé, le garçon qui officie en cuisine nous offre une large part de pita débordante de légumes, d'herbes et de leur sauce spéciale au tahini. Tant pis pour les doigts qu'on venait juste d'essuyer patiemment.
A Petite Nature que de surprises, une soupe-noodle bien chaude et un garçon très Wes Anderson se concentre en réalité sur Eric Rohmer.
Plein de films au cinéma avec G., beaucoup de temps à guetter le moment où surgira l'émotion, souvent en vain. C'est en écoutant Jean-Paul Civeyrac répondre de sa belle voix calme aux questions discutables de Laure Adler (désolée Laure, mais en plus tu écorches tout le temps le titre des oeuvres dont tu veux parler, c'est un peu énervant) que l'émotion me saisit, surtout quand il parle de la mélancolie et de la distance à laquelle ses parents ont consenti en le soutenant dans ses études alors même que leur entreprise les éloignait d'eux, qui venaient d'un autre milieu. La douce intelligence de Civeyrac se retrouve dans la série de textes qu'il publie sous le joli titre Ecrits entre les jours, à lire à petites gorgées. Son dernier film, Mon amie Victoria, me laissait sceptique avant de me séduire tout à fait à partir du moment où l'opacité triste de Victoria infuse toute la mise en scène.
Chez Laure Adler encore, trois entretiens avec Catherine Deneuve. C'est tellement beau quand elle lit Les petits chevaux de Tarquinia que je lui pardonne de citer les Inrocks comme référence en terme de conseil cinéma (Catherine ! )
Sinon, il y a plus de dix ans de cela maintenant, l'une des premières promesses qu'il ait faite, peut-être à la terrasse du restaurant marocain ou alors sur le vieux canapé noir en trempant très vite des biscuits pas chers dans du thé très fort, alors il avait dit qu'un jour nous irions ensemble au Japon. C'est pour bientôt, si tout se passe bien.

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dimanche 4 janvier 2015

L'amour n'est pas que dans les chansons

//En 2015, suis ton coeur qui insiste//

Le premier janvier deux mille quatorze, la terrasse au bord de l'eau du Dorsoduro, la pizza grignotée avec les doigts, il faisait tellement bon qu'on pouvait s'autoriser à déjeuner dehors sans manteau.
Quelques jours plus tard, le dernier soir à Venise, la robe verte et bleue de la serveuse de l'Anice Stellato, la montagne de fritto misto dans un cornet un papier, goûter tous les desserts de la carte.
Les conférences de cinéma du lundi soir et les conversations des étudiants qu'on a envie d'enregistrer.
Le Cambodge et ses fantômes. Les larmes de mon père à Angkor Vat. Les galettes aux crevettes frites. Les noix de coco fraîches. Le découpage amusé d'un fruit du jacquier dans une chambre d'hôtel à Kompong Thom. Alain Resnais très flou sur un écran de l'autre bout du monde. La barquette de riz sauté aux légumes achetée par G. dans un boui-boui près de l'hôpital de Phnom Penh. Le besoin de consolation impossible à rassasier.
The Grand Budapest Hotel dans une salle vide et juste après, prendre le métro pour voir mon père à l'hôpital.
Le printemps.
Deux fois par semaine le divan.
Le manteau italien et les rideaux en lin.
Vincent Delerm à l'Opéra. Embrasse moi pour rien.
Xavier Dolan à Cannes.
Le soir où j'ai reçu le petit message des Cahiers du Cinéma.
Le train de 7h23.
Anastasia Krupnik.
La dernière scène du Goût du saké et les larmes qui l'accompagnent.
Les biscuits au chocolat au lait et à la fleur de sel du Paris Pastry Club de Fanny.
La gare de Valence. Les jours de juillet en Provence. Le sorbet citron. La petite cocotte de légumes du jardin. Le chèvre frais et les figues du pique-nique.
La vie douce à Toulouse. Le chirashi sushi et le flan au lait de soja à Motchiya.
Ethan Frome traduit par Julie Wolkenstein, sa violence et sa cruauté.
Le Panama avec un ruban Liberty resté dans la boutique de Biarritz.
La robe marinière, que je n'aime pas trop porter finalement.
Kristen Stewart dans Sils Maria.
La voiture de location sur les routes des pays baltes. Les cigognes et les arcs-en-ciel. La mer grise. Le loup. Les châteaux. Les églises.
Chercher dans le quartier art nouveau de Riga la façade avec les visages. La tarte au chocolat blanc et à l'abricot du Kukka Café. La pizza de Roberta.
Se promener à Vilnius et avoir l'impression d'être en Italie. L'orage pendant le dîner dans la jolie cour. La robe Muku en lin bleu. Dans la ville de K., à moins d'une heure de route de Vilnius, je n'oublierai jamais cette jeune fille qui portait un short blanc, une jolie chemise, des mocassins en cuir robuste, les cheveux longs et les mêmes lunettes que la copine de Frances Ha, cette jeune fille parlait français et invitait ce soir-là son fiancé et ses quatre grands-parents (ou même ses arrières-grands-parents), extrêmement âgés, se déplaçant avec beaucoup de difficulté mais visiblement ravis de leur soirée.
Fuir le quartier de la vieille ville à Tallinn. Trouver des refuges : Till ja Kummel pour un breakfast sandwich à l'heure du goûter, Sfäär pour y passer la journée (granola-yaourt au petit-déjeuner et légumes farcis au déjeuner), Nop pour n'importe quoi parce que tout y est bon (les viennoiseries, le soya latte, la soupe de nouilles au poulet etc).
Les chansons de France Gall dans la chambre du vingtième étage.
Se tromper de chemin en voiture et découvrir Salt par hasard. Saisis par une certaine intuition, réserver la dernière table auprès de la serveuse douce et malicieuse avec sa tresse sur le côté. Elire cet endroit joyeux et délicieux favorite place des vacances et finalement de l'année.
Les souvenirs du Japon précieusement collectionnés et envoyés par C.
Le bol dragon et le veggie banh mi à Petite Nature le mardi midi.
Jane Austen à la Pléiade.
Les soirées-séries.
La parabole du fils prodigue.
Le pull danois couleur lait frais.
Retourner marcher à la pointe du château.
Le bibimbap avant de reprendre le train face à la pluie et au mouvement pendulaire du métro aérien.
La jeune fille qui portait des Stan Smith et dînait joyeusement avec son père au Daraton.
Le jour où l'on a déjeuné à Septime et les moufles trop jolies qu'il a achetées après.
Lénore les morts vont vite.
New York et la Nouvelle Angleterre.
Le crépuscule sur la High Line.
La demi-douzaine de céramiques glissée dans la valise.
Le dîner tranquille à The Farm on Adderley.
Les pays de Marie-Hélène Lafon pendant l'insomnie du retour.
Les nouvelles bibliothèques.
La voix de Gaspard Ulliel dans Saint Laurent.
Les bocaux de granola maison.
La blanquette de Marianne.
Colette: Qu'est-ce qui vous amène ?
Antoine: j'ai deux places pour une conférence, c'est Gavotti sur la musique électronique.
Dormir avec lui dans la chambre de l'adolescence, dévisagés par les idoles de l'époque.
Le cinéma l'après-midi pendant les vacances.
Les étoiles à la cannelle et les croissants à la vanille.
Revoir Un conte de Noël.
Le dernier déjeuner de l'année dans la belle salle du Coquillage.
La glace maison au yaourt et au chocolat un peu avant minuit.
Les voeux secrets pour l'année à venir.

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mardi 8 avril 2014

La vie ce printemps-là


Au tout petit matin, quand l'avion a survolé Phnom Penh et que je voyais lentement disparaître les toits des maisons, des pagodes, des immeubles, des voitures, quand les gens ne furent plus rien que le mouvement qu'ils dessinaient et le Mékong un ruban bientôt évanescent, je compris soudain qu'une fois encore, je quittais le Cambodge dans l'urgence et la précipitation, qu'il ne s'agissait pas d'un simple départ mais d'une fuite et que l'enjeu en était vital. La fin du voyage avait été mouvementée et n'arrangeait en rien les secousses intérieures déjà ressenties, notamment le jour où il fut question de retrouver la maternité où j'étais née. Nous sommes passés devant le marché, l'hôtel des amis de mon père, les gargotes à nouilles et à brochettes, le lycée, les écoles, et puis, sur le bord de la route poussiéreuse, un petit hôpital blanc et bleu est apparu. Il faisait une chaleur terrassante et ma robe rose me collait aux jambes. Nous avons avancé entre les bâtiments aux façades sales, il y avait même une pièce pour les consultations psychiatriques, j'avais besoin de repères familiers. Les choses avaient changé, mes parents ne reconnaissaient pas vraiment, ils avaient pourtant travaillé plusieurs mois à la pharmacie de l'hôpital. Nous avons croisé une infirmière, ils lui ont demandé, nous cherchons l'ancienne maternité, celle des années 80. C'est juste là, vous y êtes.
Je n'ai aucune photographie, aucune trace, rien à ce sujet, le jour où je suis née, et là, j'y étais. Alors je vois une salle sombre, vétuste, crasseuse, mais surtout je vois une quinzaine de patients sur des lits minuscules, serrés les uns contre les autres, certains avec des perfusions précaires. Je vois le regard des patients, douloureux, implorant, perplexe aussi de me voir là, à la recherche de ma propre histoire, quand la leur s'écrit dans cet hôpital. Le médecin que je suis se sent très mal à l'idée de ne pouvoir rien faire pour les aider, de les abandonner là, d'être en quête de quelque chose d'aussi déplacé que mon propre passé alors qu'ils ne peuvent s'extraire de leur vie en cours. Je les ai tous regardés dans les yeux, doucement, et je les ai salués en joignant les mains et en inclinant la tête, je ne savais pas du tout quoi faire d'autre, des larmes violentes m'ont saisie. J'avais envie d'hurler.
Au retour, une amie m'a écrit "Tu dois avoir besoin de temps pour classer toutes ces émotions et ces images", c'est exactement ça, la première étape sera déjà d'aller chercher les photographies qui seront développées vendredi prochain, à l'autre bout de la ville.
Le retour prématuré du Cambodge nous a laissés quelques jours de liberté désoeuvrée que nous avons occupés à rassembler de petits luxes inhabituels pour tromper l'angoisse résiduelle. Par exemple, aller au cinéma l'après-midi, plusieurs après-midis de suite, même si le film est discutable et se laisser aller à en discuter. Assouvir une envie de petit pain au chocolat et de café au lait pour le goûter. Se raviser devant la boulangère et prendre aussi une sorte de macaron à l'ancienne, à la noisette, fourrée à la ganache. Craindre de regretter le deuxième pain au chocolat que ce macaron craquelé est venu remplacer. Se retenir de vérifier sur le chemin du café où il veut absolument m'emmener. Partager équitablement les victuailles, apprécier que le café au lait se prépare en mélangeant soi-même le lait bouillant et crémeux et le café serré. Pas mal le macaron, et je reviendrai aussi au Hibou, désormais mon café préféré.
Et puis un jour retourner travailler et noter attentivement cette phrase, articulée par des lèvres qui ont à peine dix-sept ans: "L'espoir c'est nul et désespérant parce que ça veut dire qu'on vit un truc horrible et qu'on ne peut rien faire d'autre qu'attendre".
Enfin, partir en weekend à Paris, et le commencer par un dîner à Spring, en accord avec la saison. Cela n'empêche en rien, le lendemain, de grignoter les délicieuses tartines du délicat et coloré Hôtel du Temps. La promenade fut très longue ensuite, et vive, et enjouée, et il fut question de rideaux en lin lavé, d'interrupteurs en porcelaine, d'un manteau d'été, d'un réveil vert pomme, d'un sac en tissu jaune curcuma et d'un déjeuner délicieux et joyeux à Taeko. C'était bien, je garde de tout cela un souvenir doux et fort à la fois, j'y pense quand le temps se fait plus rude.
Il y a aussi deux expositions, belles et denses. D'abord The place we live, au Musée du Jeu de Paume, pour découvrir en série le travail de Robert Adams et contempler longtemps les dinners et les citronniers de Californie, les vagues et la grande roue du parc d'attraction, les routes de l'ouest qu'on emprunte quand on veut tout oublier. Et puis aussi Nouvelles histoires de fantômes de Georges Didi-Huberman et Arno Gisinger au Palais de Tokyo, une installation indescriptible et émouvante, une histoire des larmes conçue comme un jeu de pistes.

Le samedi soir, le coeur au galop, il y avait le concert tellement attendu de Vincent Delerm. Avant le spectacle, dans la file d'attente, je cherchais des yeux quelqu'un qui me ressemblerait un peu, un code commun, un signe, mais rien. Je n'ai sans doute pas assez bien regardé. Enfin, le concert a commencé.
Il y a une petite chanson, très courte, qui n'a l'air de rien mais qui ce soir-là, dans le noir, touche en moi un espace mille fois exploré mais toujours hypersensible. Il y est question de cette époque dans la vie de Vincent Delerm pendant laquelle tous les garçons autour de lui, tout à coup, se sont découvert une passion violente pour le football américain, incarné dans la chanson par Joe Montana (quand on ne le connait pas du tout, le nom est assez mystérieux, presque poétique je trouve). Comment faire, quand on est adolescent, qu'on vit dans une ville minuscule et que tout le monde se met à suivre de très près le Superbowl et à collectionner des casquettes? Il chantonne J'ai fait semblant d'aimer ça.
Cet aveu, avec tout ce qu'il comporte d'angoisse, de tristesse et d'énervement (là, je pense à la période où toutes les filles portaient des pendentifs en forme de dauphin à cause du Grand Bleu, mais pas moi), la façon dont on peut céder sur son propre désir pour s'extraire d'une solitude me fait beaucoup d'effet. A l'époque, on ne peut pas du tout s'imaginer qu'on rencontrera un jour quelqu'un qui dira C'est qui Joe Montana? et éprouver alors le bonheur infini de ne plus avoir à faire semblant d'être un autre que soi. Déjà, lors du spectacle précédent de Vincent Delerm, j'avais été saisie par la justesse de cette chanson-là, qui retranscrit très bien le grand écart entre la vie rêvée à partir des images croisées au cinéma et ce que la vie nous impose, les impossibles d'une adolescence provinciale, comment on ne peut rien faire d'autre qu'attendre et se promettre que l'existence qui se prépare sera au plus près de ce que montre l'écran.
En tout cas, samedi soir, en guest star, à la fin du concert, il y avait Alain Souchon en chemise à carreaux qui n'avait pas très bien révisé les paroles de la chanson, c'était beau quand même, mais j'avoue qu'il m'a fait moins d'effet que Joe Montana.

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lundi 23 décembre 2013

Le grain et la ligne


Cet automne, j'ai très souvent pris le train. Parfois vraiment tôt, au petit matin, et je guettais son arrivée les mains dans les poches de mon manteau bleu marine, je fixais l'extrémité de la voie et ma respiration encore ensommeillée dessinait des nuages de froid sur le quai. J'ai avalé, pendant tous ces voyages brumeux, des paysages que je ne retenais pas malgré la répétition. Les volées de peupliers, les toits des fermes isolées, les rivières troubles, les champs à l'abandon, les châteaux à l'horizon, les fils électriques et les gares minuscules. La mélancolie des lieux traversés dont on ne sait rien d'autre, où l'on ne s'arrêtera jamais. Mais ce samedi là, c'était un voyage différent. J'ai failli rater le train, j'ai couru dans les escaliers du métro, mon sac à l'épaule, le souffle court. Le wagon s'est ébranlé, je venais à peine d'y monter. J'ai salué mon voisin, un garçon avec un accent anglais qui lisait quelque chose de Flaubert. J'ai fini un roman aussi, puis je me suis endormie.
A l'arrivée, au bout du quai, G. m'attendait avec un sourire et une part de cake au citron.
J'étais impatiente, il avait promis qu'on irait au Grand Palais voir les photos de Depardon. Il m'avait prévenue « Attends-toi à ce qu'il y ait beaucoup de monde » et déjà à la sortie du métro,  le piétinement des touristes et les odeurs de sucre brûlé agitent ma fatigue intérieure, sourde et silencieuse. Nous attendons un peu dans le bleu de la nuit, dans la file d'attente qui serpente, je suis dans un drôle d'état, je ressens une excitation naïve et impatiente qui côtoie de très près l'appréhension névrotique d'une éventuelle déception.
A l'intérieur du musée, je suis un peu oppressée par la foule, ses odeurs, son bavardage vain, le bruissement des anoraks, le frôlement des corps, la peau sèche d'une main, la fourrure sur les capuches des parkas, rien à voir pour l'instant avec la promesse d'Un moment si doux. Je serre un peu plus sa main, il avait retiré ses gants, achetés à Berlin.
Et puis, sans prévenir, alors que j'ai pénétré la salle d'exposition il y a à peine cinq minutes, je me retrouve face à Glasgow, années 80. Le ciel bleu tendre sur les murs gris dur, la brique humide, les fenêtres sans rideaux, la cour bétonnée, l'idée de la solitude même s'il y a des enfants sur les photos. Tout à coup les autres visiteurs disparaissent, je ne vois plus qu'une fille en robe vichy rose, des garçons qui font de la bicyclette, un pull jacquard, une paire de tennis, une bulle de chewing gum au bord des lèvres fières. Je ressens alors une tristesse étrange et un peu douce et je m'aperçois en même temps que je plisse des yeux pour éloigner des larmes déplacées, que ce qui m'absorbe entièrement, ce qui me fait retenir mon souffle et oublier les gens qui m'entourent, c'est le grain du ciel, le grain de la pierre, le grain des vitres, des trottoirs, et la condensation intime de ce grain troublant, précis et flou avec le grain de mon vécu subjectif. Les sensations et les souvenirs s'empilent alors en désordre, je me suis rappelée aussi qu'il avait promis que nous irions en Ecosse (et, sans relation apparente, qu'il préparerait des hot-dogs).
Le cœur battant, j'ai longuement contemplé les autres photographies.
Au Liban, un coiffeur sèche les cheveux d'un client qui a pendu sa carabine juste à côté, le temps du rendez-vous.
En Bolivie, une table en formica rouge avec la chaise assortie, un bouquet de fleurs rose pâle sur la table en bois d'une cafétéria.
Sur l'île Saint-Louis, un autoportrait aux couleurs douces.
Mais G. s'arrête longtemps devant une photographie verticale, une fenêtre donne sur Puerto Eden au Chili. On y voit une volute de fumée s'échapper du port, la neige poudre à peine les sommets, la lumière est doucement dorée, les nuages se noient autour d'une barque esseulée. G. est troublé par la sensualité qui se dégage des lignes de la photo, celles des montagnes qui dessinent la silhouette d'une femme allongée, la courbe de ses longues jambes. Alors je lui raconte que Depardon a fait cette photographie depuis une chambre d'hôtel mais qu'au moment de l'évoquer, lors d'un petit entretien avec Vincent Delerm, il dira « depuis une chambre d'amour ».
Voilà.

Un moment si doux, au Grand Palais, jusqu'au 10 février 2014

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vendredi 30 août 2013

Si ce jour-là tu as de la peine (récit d'un été)

//à la maison expérimentale//

L'été a commencé le 11 juillet quand j'ai pris un train, toute seule, tôt le matin.
J'ai croqué dans un Reubens sandwich en sirotant un jus de poire sans baisser les yeux face aux regards compatissants de mes voisins qui plaignaient ma solitude.
J'ai marché longtemps dans des rues que je connaissais parfois par coeur, parfois très mal, mais sans jamais me perdre.
Au Téléscope, j'ai bu un thé glacé et du lait frais en écrivant un mini-roman destiné à G.
J'emmenais partout avec moi Un barrage contre le Pacifique, lu il y a longtemps et mystérieusement oublié, exactement comme j'oublie systématiquement tout ce qui a trait au Cambodge, à mon histoire familiale. Tristesse et fascination en lisant Duras évoquer des terres familières et pourtant inconnues.
A Rose Bakery le matin il n'y a personne, sauf un garçon qui croyait que les oeufs Benedict étaient à la mayonnaise. J'ai pris un marbré au chocolat et j'avais oublié qu'il était aussi délicieux.
J'ai retrouvé C. à la terrasse du Bal Café, il y a eu une seconde d'hésitation quand nos regards se sont croisés mais la conversation démarra avec la limpidité que seule permet une connivence patiemment établie. Le crumble abricot-framboise entre deux fut fameux et, rejointes pas une jeune fille qui lisait Leonor Baldaque, nous avons parlé de nos amoureux, de Mia Hansen-Love, des tee-shirts Thomsen et des honorables-formidables. La séparation, place de Clichy, prit un certain temps.
De retour dans l'appartement silencieux, j'ai lu à voix haute et pour moi seule Alice in Wonderland.
J'ai préparé un clafoutis aux cerises en attendant G.
Tard dans la nuit, sur le quai de gare tout gris, il m'a serrée fort. J'étais à la fois très heureuse et très triste mais je n'ai rien dit. Il m'a pris la main.
Je l'ai souvent et doucement observé, pour voir s'il avait changé, ou pas.
Il a trouvé que les sandales scandinaves, en cuir gris et talons bois, étaient vraiment jolies.
Le 20 juillet, le dîner japonais était gracieux mais pas autant que la fantaisie de grignoter une crêpe au chocolat grand-mère face au port, sur lequel la nuit était déjà tombée, à l'heure à laquelle nous aurions dû rentrer.
Nous avons rejoint S+F dans la maison de location au pignon rose sur la route de la plage. Deux jours c'est si court, je le sens bien avant l'heure du départ et pour un milliard de raisons, la tristesse me rattrape, mon regard se brouille au-dessus du délicieux gâteau au fromage blanc.
Puis un jour nous avons fait nos valises et nous avons pris un avion pour Helsinki.
La vie fut douce, je respirais mieux.
Dans l'appartement de Punavuori, nous avons improvisé des petits dîners sur la jolie table patinée de la cuisine sur cour. Nous avons beaucoup fréquenté les halles couvertes où la brioche à la cardamome était savamment moelleuse, ainsi que le marché aux puces d'où je faillit repartir avec une machine à écrire mais dont nous sommes raisonnablement repartis avec des petits verres anciens emballés dans du papier journal.
Nous avons arpenté la ville en tout sens, traversant les parcs et les églises, longeant les quais et les places, explorant les musées d'art contemporain et les galeries plus discrètes, examinant les rayons des supermarchés, flânant sans but en admirant les façades couleur vanille, fraise, abricot ou pistache.
Un après-midi, surpris par un orage, nous sommes entrés en trombe dans une minuscule épicerie italienne où deux fauteuils nous attendaient autour d'une table basse. Nous avons grignoté des sandwiches légumes et mozzarella et avons discuté de le meilleure façon de faire du café. Une fille en robe imprimée et petit blouson est entrée, elle a demandé une glace au chocolat et G. a immédiatement décrété qu'il était indispensable que nous goûtions cette glace qui paraissait tellement onctueuse. J'allai nous en chercher un petit pot, il n'y avait que quatre parfums, ce qui était très bon signe. La texture de cette simple glace au chocolat fut renversante, son goût d'une intensité rare. Il m'a promis qu'on reviendrait.
Nous avons pris un tram qui passait juste devant cette épicerie italienne et qui s'arrêtait à quelques mètres de la maison d'Alvar Aalto, sur les hauteurs d'Helsinki. C'est une façade discrète, au pied d'immeubles anonymes, à côté d'une bibliothèque de quartier. Je n'arrive pas à oublier la phrase pourtant anodine prononcée lors de la visite guidée par l'étudiant en acoustique qui la réalisait "De leurs nombreux voyages, Alvar Aalto et sa femme ne rapportaient pas que des souvenirs, mais aussi des idées"
Quant à nous, à bord d'une Seat Ibiza grise de location, nous avons bientôt quitté Helsinki, et ce fut le début d'un inoubliable road trip.
Les lacs dessinaient partout des surfaces claires et moirées, les forêts majestueuses et presque immobiles dissimulaient les maisons à pans de bois, les nuages développaient des expansions inédites, le soleil se couchait très tard en s'embrasant sans fin.
Nous avons visité des maisons anciennes, des jardins de monastère, des musées d'art moderne déserts, des marchés, des ateliers, des antiquaires de bord de route.
Nous avons fait du canoë.
Nous avons cru voir un ours, nous avons caressé des nénuphars.
Nous avons cueilli des groseilles, du cassis, des petites pommes qui n'étaient pas encore tout à fait mûres.
Nous avons marqué un temps d'arrêt significatif face à la jeune fille rousse d'Helene Schjerfbeck sur un tableau qui s'appelle The tree of life, exposé au Musée des Beaux Arts de Joensuu, une petite ville qui s'aborde avec patience. Ce soir-là, nous avons dîné dans un restaurant indien délicieux où se retrouvait toute la communauté pakistanaise locale.
Nous avons goûté au Runberg cake, si joli avec sa goutte de confiture de framboise à son sommet, nous avons aussi mangé du gâteau à la crème aigre avec du coulis de fraise, des crêpes russes épaisses et réconfortantes, des tartelettes au riz, de la friture de fera, de la soupe au saumon et à la crème, des tartines de pain de seigle avec du beurre parfumé à l'aneth, du gâteau aux pommes, des biscuits fourrés à la crème, des beignets encore tièdes, et dans la salle déserte de la chambre d'hôtes où nous sommes arrivés tard, au bord d'un lac et au milieu des bois, on nous apporta une salade de pommes de terre relevée d'oignons rouges, de câpres, de moutarde à l'ancienne. Le poisson délicatement pané qui l'accompagnait s'alanguissait sous la noisette de beurre d'herbes.
Nous avons fait un pèlerinage Alvar Aalto (AA) avec une fébrilité et une curiosité presque enfantines. Nous avons rejoint un groupe de Japonais chapeautés et nous avons emprunté le chemin qui serpentait entre les arbres, au bord de l'eau, pour rejoindre la maison expérimentale, construite sur une île, et je m'étonnai du confort spartiate que s'accordait AA durant ses étés passés là. Nous avons retrouvé ces mêmes Japonais devant la bibliothèque AA et l'hôtel de ville AA de Säynätsalo; quant au musée AA, où nous les avons perdus de vue, il abrite un charmant café que nous avons été heureux de trouver et qui servait des penne aux légumes fumants et parfumés (sous des suspensions AA, évidemment).
La prolixité d'AA et ses lignes pures sont admirables à Seinajoki, la ville où se dressent avec majesté son incroyable église filiforme, son université et son théâtre dont les courbes supérieures dessinaient un piano et qu'une dame charmante a bien aimé nous faire visiter sur la pointe des pieds.
Nous avons essayé de photographier la Villa Mairea, conçue par AA et sa première épouse pour leur amie Maire Gullichsen, une jeune femme de goût et de caprices. Tout y est paisible et harmonieux: le bureau du rez-de-chaussée blindé de bibliothèques basses pleines à craquer, le piano et son couvercle en plexi bombé (pour que personne ne pose jamais rien dessus, ah!), la véranda, sa végétation luxuriante et ses fauteuils en osier, le jardin dont la piscine épouse les courbes de la forêt alentour.
Nous ne sommes pas repartis du pays sans passer par une boutique Artek.
Nous avons faillit prendre un bateau mais on nous annonça qu'il était en panne, alors, face au lac Pielinen, sur un banc ensoleillé, nous avons déballé le mini pique-nique acheté à la sauvette à la boulangerie du village qui servait aussi aux habitués une soupe épaisse et aromatique. Le petit feuilleté à la saucisse, croqué dans un sourire, s'avéra fameux.
Dans la voiture, où je faisais des lectures d'intérêt inégal, il aimait bien avoir à portée de main des petits bonbons à la réglisse.
Nous avons roulé sous le tonnerre, sous le ciel couleur de cerne ou de cendre, sous la pluie tonitruante, sur des pistes de terre isolées, entre des champs labourés, nous avons bientôt rejoint la côte est.
Ce fut le temps des festival de musique classique et contemporaine, des galeries et des musées, des latte et des burgers en terrasse, des petits-déjeuners dans le désordre, des dîners de desserts, des boutiques, des librairies, des promenades infinies le long de l'eau, des après-midis entiers passés dans les jolis cafés à lire, écrire, et dévorer des tartes vanille-rhubarbe. Ce fut le temps de la nonchalance assumée. Ce fut le temps des surprises aussi, comme celle de traverser un parc d'attraction pour arriver dans un lieu d'exposition où je suis saisie devant L'été de Paul Delvaux et une immense silhouette de Giacometti.
Puis il y eut encore la maison de Saarinen et les photographies en noir et blanc (la famille au complet sur les pistes de ski, la petite fille avec le turban dans les cheveux... ) et l'incroyable centre d'art contemporain d'Espoo, complètement absorbant et vertigineux.
De retour à Helsinki, en nous perdant avec plaisir et vertige dans les rues de Punavuori, en repensant en silence à ces trois semaines écoulées, en me souvenant encore de la dernière séance chez l'analyste le 10 juillet et le flot irrépressible de larmes qui me coupait la parole, en sentant sa main dans mes cheveux, j'ai su que nous n'avions pas changé, toujours à guetter les étés rayonnants, l'inspiration, les belles et bonnes choses, toujours à accorder nos vies secrètes.
Evidemment, nous sommes retournés manger une glace au chocolat, comme promis.

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dimanche 23 juin 2013

Dans la cité qui n'en finit pas (au Mary Celeste)


Il portait son pull col V bleu marine un peu étroit, fin et doux, j'avais mis des collants sous la robe Bubblegum, nous avons marché le long du canal et nous sommes arrivés échevelés, impatients et pourtant à peine affamés, au Mary Celeste.
Là, dans une ambiance joyeuse et bavarde, des filles coiffées comme un dimanche et des garçons en chaussures à lacets délacées trompaient leur spleen dominical le long du comptoir circulaire. Ils commandaient des cocktails aux noms romantiques et hermétiques (Dear Apollonia, Judy Blue Eyes…), doux breuvages aux couleurs opaques aussi mystérieux que la disparition de l'équipage tout entier du Mary Celeste le 5 décembre 1872.
Difficile de dire si c'est le joli accent de la serveuse, le regard malicieux du serveur, les murs en tommettes repeintes, le graphisme de la carte ou la lecture du menu manuscrit plein de promesses, mais à peine installés à l'une des petites tables en bois, nous avons tout de suite eu très faim et très soif.
La nourriture, en petites portions à partager, arrive sur des assiettes en émail blanc ou dans des coupelles qu'on subtiliserait bien pour servir des boules de sorbet, l'été. C'est à la fois très simple et singulièrement sophistiqué: oeuf à la diable dont la mayonnaise veloutée percute le gingembre fraîchement râpé, la ciboule ciselée, le riz grillé et les échalotes frites, petites crêpes souples garnies de cochon confit, épicé et un peu sucré qui rivalisent avec les inoubliables pork buns de Momofuku, lobster roll audacieux qui tente l'agrément du comté fondu. C'est à ce moment, et sous l'effet des breuvages tranquillement étourdissants naïvement sirotés, que je glisse un petit mot gentil à nos voisins de table qui commandent la même chose que nous et me regardent avec insistance depuis qu'ils se sont installés. Alors, la jeune femme aux cheveux longs me demande si je n'étais pas à Bones, la veille au dîner. Il se trouve que non. Ah, dit-elle en fronçant gentiment les sourcils, je suis pourtant persuadée de vous avoir vue quelque part.

Naturellement enthousiastes ou portés par l'euphorie du lieu, ils engagèrent avec nous une conversation volubile où nous apprîmes qu'ils venaient de Washington DC, qu'ils étaient en voyage de noces, revenaient de la Côte Amalfitaine, avaient apprécié quelques match à Roland Garros. Le volume sonore de la discussion augmenta de façon imperceptible quand il nous dit que sa soeur avait vécu à Rennes, avec un mari particulièrement francophile qui ne s'en remettait pas d'être rentré aux Etats-Unis. Nous parlâmes de fromages français. Il commanda pour G. qui l'avait interrogé à ce sujet un Oliver's Twist. J'y trempai mes lèvres, cela avait goût d'abricot et de poivre noir. Il nous montra sur son téléphone des photos d'une exposition qu'ils avaient vue, le matin même. G. reconnut immédiatement les images du Bal où nous avions passé du temps en ce dimanche matin. Un éclair passa dans le regard de la jeune femme Je sais où je vous ai vue! Vous étiez au Bal café, assise près du mur, je me rappelle très bien! Oui, j'étais assise près du mur, je tartinais leurs délicieux scones tièdes et dévorais gaiement un english breakfast réjouissant. Au milieu de cette coïncidence gourmande, le serveur apporta du poulpe à la plancha super épicé avec une tombée de blettes. Mais comment dit-on blettes déjà en anglais? Nos autres voisines, deux canadiennes qui goûtaient chacun des plats avec concentration, se mêlèrent à la conversation. Le serveur qui passait par là me lança un regard étonné et amusé. De part et d'autre de notre table, nos quatre voisins échangeaient leurs bonnes adresses et nous demandaient notre avis: Nous avons réservé à La tête dans les olives, est-ce que c'est bien? Pendant ce temps-là avec G., on avait commandé de la mousse de yaourt servie avec une compotée de fraises-rhubarbe pour apaiser nos palais échauffés par le spicy poulpe. Puis les Canadiennes, qui avaient parcouru le planisphère et ses meilleurs restaurants et dont l'une d'elles étaient la mère d'une présentatrice d'émission télévisée culinaire, dirent qu'elles adoraient la Régalade, la jeune femme washingtonienne confirma cet enthousiasme et tout le monde se tourna vers nous, je dis Oui oui, c'est l'un de mes préférés, nous y avons d'ailleurs dîné vendredi soir. Alors les deux canadiennes poussèrent des petits cris, parce qu'elles y étaient aussi à ce moment-là. Ce fut dans cette animation exaltée que nous avons rassemblé nos affaires car nous avions un train dans une demi-heure, mais heureusement, un taxi est passé par là au bon moment et nous avons filé dans les rues mouillées, le chauffeur écoutait de la variété française datée.

Le Mary Celeste 1 rue Commines 75003 Paris
L'interview de Haan Palcu-Chang, le chef du Mary Celeste, avec toutes ses adresses secrètes et sa conception des choses "délicieuses" est à lire ICI

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mardi 18 juin 2013

So take me slowly by the hand


La partie d'échecs la plus hypnotique du moment se joue sur une inoubliable musique lancinante en dix minutes et vingt-cinq secondes tous les jours sauf le lundi au Musée du Jeu de Paume.

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dimanche 16 juin 2013

Elle aussi


Le libraire, vêtu d'une chemise à carreaux verts, interrompit son déjeuner* et, tendant le bras vers l'étagère concernée, répondit à G.: "C'est mon dernier exemplaire. C'est un très beau cadeau".
Je feignais de n'avoir rien vu, ni entendu.

*deux vastes tartines de pain au levain recouvertes de porc ibérique confit et de coleslaw à l'estragon.

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mardi 30 octobre 2012

Des baisers que le froid givrait (romance en quatre parties)


Chapitre 1
Cette histoire lui fut racontée pour la première fois jeudi soir, vers 21h30, à la terrasse du petit restaurant où nous attendions qu'une table se libère. Ma voix hésitante et sourde ne se laissait pourtant pas distraire par le Crozes-Hermitage soyeux qui réchauffait lentement les sangs glacés par le souffle de la nuit.
Je commençai à décrire la longue journée qui venait de s'achever, ce discours presque ininterrompu que j'écoute d'une oreille concentrée, fait de souffrances secrètes, d'amours déçues, d'espoirs fragiles, de tristesse énigmatique et ravageante. Toutes ces vies qui déplient leur intimité maladroite et murmurent les yeux baissés les blessures brûlantes. Je me sens parfois minuscule à les aider mais ne renonce évidemment jamais, animée par une énergie constante, une force vive qui se matérialise en quelques phrases bienveillantes et toujours très pensées. Mais c'est juste épuisant. Surtout quand les imprévus s'enchaînent et qu'il faut bientôt renoncer à la trêve du déjeuner, habituellement déjà très discrète (le mercredi un sandwich maison avec un pain pita acheté un peu plus tôt au marché matinal, le jeudi une pomme, une tasse de thé vert pas trop chaud pour pouvoir être bu rapidement, deux financiers à l'orange du marché d'à côté, le vendredi ça dépend. Parfois un vrai déjeuner avec G., à la maison, avec toutes les fantaisies que cela autorise, sinon un börek viande hachée et fromage à la gargote turque à deux pas, ou un grand smoothie plein de fruits et des biscuits au chocolat…) Ce jeudi-là, pas le temps d'aller chercher des financiers à l'orange, mais j'avais apporté du gâteau au soja et à la noix de coco, préparé par ma mère et ramené parmi des dizaines d'autres victuailles, dont un canard laqué, qui s'est tenu tranquille pendant notre voyage en train, après un dimanche familial comme j'en cède rarement à mes parents, car je nourris peu d'appétence pour ces retours qui m'angoissent maladivement là où la seule évocation de ma chambre d'adolescente laissée dans l'état me soulève le coeur (par exemple, les portraits de Rimbaud alignés au-dessus du bureau font que je ne peux plus le regarder dans les yeux). Malgré une faim furieuse, je déballai avec mille précautions le petit paquet préparé par mon père et, sous le dernier pli de papier argenté, découvris les petits carrés jaune tendre, doux et parfumés, visiblement découpés avec beaucoup de soin. La première bouchée déjà me ravit, c'était frais, sucré sans excès, très fondant, et les souvenirs apparurent comme un feu d'artifice retentissant: je me revis enfant mélangeant la préparation soja-coco à l'aide d'une cuillère en bois dans la casserole émaillée, je revis aussi les déjeuners chez mamie qui se clôturaient par ces mêmes gâteaux et un thé au jasmin pour lequel elle glissait dans la théière quelques fleurs de jasmin qu'elle prélevait sur le jasminier du salon, je revis alors les plats délicieux de l'enfance, les boulettes frites, croustillantes et élastiques à la fois, le riz au poulet, tout collant de bouillon au gingembre, les travers de porc laqués, les soupes au poisson, les fondues fumantes, ma gourmandise insatiable de petite fille. Ce gâteau maternel si délicieux puisait son réconfort dans le contraste provoqué par sa douceur sucrée et la violence de ma faim qui avait grandit au fil des heures dans la violence de ce qu'il m'arrive d'entendre de la bouche de ceux qui ont pris rendez-vous avec moi. C'était un peu comme d'être entourée des bras de ma mère, chose qui n'arrive jamais car nous sommes timides en la matière. J'ai alors ressenti la tendresse immense de mes parents, à travers ce gâteau qu'elle avait préparé, qu'il avait emballé et, alors même que je tiens régulièrement un discours amer et dur sur la famille et l'enfance, du moins les miennes, je fus saisie par cette émotion inédite, le fait qu'on puisse penser à ses parents sur un mode rassurant.
Et j'ajoutai, au moment où la serveuse vint nous dire que notre table préférée était prête, En plus aujourd'hui, j'ai reçu une lettre de ma psychanalyste.

Chapitre 2
Je n'avais pas pris le métro en direction de l'université depuis plusieurs années. A la recherche du bâtiment où je devais me rendre (l'amphi L3), je me souvins que je fuyais souvent les cours de médecine au profit de cafés tièdes sur des tables poisseuses avec mon amie Gé. qui avait le bon goût d'étudier les lettres modernes (maintenant elle travaille dans le cinéma, ah!).
Dans l'amphithéâtre qui se remplissait avec autant de bavardages inaudibles, j'ai eu un petit frisson d'appréhension en voyant mon nom inscrit sur un carton replié posé sur la grande table de l'estrade. C'est assez étrange, après toutes ces années passées à écouter des centaines de cours rarement passionnants, de se retrouver un beau matin à la place de celui qui enseigne; la question de l'imposture avait déjà été soulevée au moment où j'acceptais avec enthousiasme et appréhension la tâche qu'on me proposait gentiment puis je l'ai refoulée parce que je crois que j'aime bien être sur scène en réalité.
Installée derrière un micro, avec la petite bouteille d'eau et le verre en plastique de rigueur, pendant qu'un universitaire très diplômé introduisait la matinée, je regardais les étudiants s'installer sur les chaises à battants. Rien n'avait vraiment changé. Il y avait toujours les besaces US personnalisées, les gobelets de café posés avec précaution à côté des notes, les garçons sérieux pull col V et cartable de terminale patiné, les garçons moins sérieux (en apparence…) qui sortent une feuille de papier et un stylo bille de la poche de leur manteau, les filles qui se recoiffent ou qui remettent un trait de rouge et celles qui notent tout, absolument tout, de ce qu'elles peuvent entendre. En réalité, dans ma robe à fleurs et ma veste anglaise, j'avais l'impression que peu de choses nous séparait finalement, que je n'avais pas tout à fait quitté leur monde et j'ai vraiment eu une sensation très étrange de soudaine responsabilité quand on m'a dit que c'était à moi de prendre la parole. J'ai pris une grande inspiration intérieure.
A la fin de la conférence, en ressortant sur le campus mouillé par une pluie d'automne tenace, j'aurais voulu aller prendre un café tiède avec Gé., l'écouter me raconter ses dernières amours, je revoyais son étui à cigarettes un peu chic, ses pantalons façon Annie Hall et son grand manteau, mais il n'y avait autour de moi que des silhouettes inconnues qui marchaient d'un pas pressé. Tous ces visages lisses et anonymes m'ont laissé le goût des années définitivement perdues.
J'avais déjà ressenti une émotion du même ordre quelques jours plus tôt à l'avant-première du prochain film très recommandable d'Olivier Assayas, Après-mai. Au début des années 70, Gilles, le double assumé d'Assayas, partage ses dix-sept ans entre manifestations lycéennes haletantes et risquées, peinture, poésie, séances de cinéma engagé, voyage-apprentissage en Italie et deux jeunes filles, Carole et Christine, avec qui il vit des histoires impossibles. Un après-midi estival, Carole le devance sur un chemin de sous-bois alors qu'il s'apprête à la retrouver à la gare en mobylette et sa silhouette me fascine. Elle porte une robe blanche très longue, avec un petit col qui remonte haut, plusieurs sautoirs et des spartiates en cuir brun mais Gilles apprendra qu'il ne s'agissait pas d'une robe de mariée. Christine a toujours le regard triste malgré sa détermination, son engagement est total mais pas lorsqu'il concerne le garçon qui essaie de l'aimer. Au-delà de l'aspect historique et politique du film, je suis surtout terriblement émue par la trajectoire de Gilles qui s'effectue au plus près de son désir de cinéma en empruntant des voies d'abord détournées. Son rapport à l'art, l'idée répétitive que le cinéma permet de revivre certains moments de la vie en leur attribuant un autre devenir (Carole qui apparaît plein cadre et tend la main à Gilles lors d'une projection) est une idée qui m'est chère et familière. Après le film, timidement, j'ai dit quelques mots à Olivier Assayas mais forcément, c'était un peu décevant parce que c'est définitivement compliqué de dire à quelqu'un qui ne vous connait pas Vous avez un peu changé ma vie quand même.

Chapitre 3
Concert de Neil Hannon à l'Ecole d'Architecture de Nantes. Il y a une fille avec une coupe à la Louise Brooks qui porte une robe en drap de laine vert sapin, un pull en jacquard et d'incroyables petites bottines vintage fourrées à lacets. Il y a un type immense avec une marinière, une veste en velours, des Converse (basses) et un tote bag Tindersticks (on me dit que c'est un journaliste de Magic). Toujours est-il qu'à l'ouverture des portes, je peux vous dire que tout savoir-vivre disparaît quand il s'agit d'avoir une place décente, aussi vintage soient les souliers que l'on a aux pieds. Neil Hannon, lui, dévale l'escalier de la salle en cravate, veste bordeaux sur chemise blanche et chaussures à semelle de crêpe. Il s'excuse d'être malade et installe très vite une proximité décontractée avec le public, un charme définitif émane de lui et tient à rien, c'est une posture, une phrase bien sentie, un sourire distancié. Même si l'ambiance n'est pas aussi survoltée qu'à la salle Pleyel (le sol ne tremble pas pendant Tonight we fly), le voir jouer sur l'immense Steinway me plonge dans une sensation d'ivresse ouatée très agréable. Après le concert, dans un café plein à craquer, un serveur infatigable et souriant apporte de délicieuses tartines au brocciu et pesto de roquette. Nous rentrons au milieu de la nuit sous une pluie battante et dans le brouillard.
Le lendemain, nouveau concert de Neil Hannon dans un lieu tenu secret. Nous disposons juste d'une adresse peu précise dans un quartier discrètement reculé. Au détour d'un bâtiment gris mis à vendre, une jeune fille bottes en caoutchouc et parapluie de rigueur, guette les arrivées hésitantes. Il faut tourner à droite et monter le petit escalier nous dit-elle à voix basse. Attention à ne pas glisser. De nombreuses flaques brillent un peu sur le chemin malaisé. En haut de l'escalier, comité d'accueil plutôt froid sous la véranda en teck. On croise des filles avec des nattes qui font le tour de leur tête et des garçons en petit blouson. La salle de concert est microscopique, juste quelques rangées de bancs d'écolier face à la scène minimaliste. Expérience très étrange. Quelques visages aperçus la veille se retournent aussi. Neil Hannon déboule à toute allure, pantalon souple et pull tout simple, l'air ravi. Avant chaque chanson, un spectateur contingent est poliment invité à glisser la main dans un chapeau tendu par Neil Hannon qui découvre donc, quasiment en même temps que le public le morceau suivant puisque le chapeau renferme des petits papiers portant chacun un numéro se référant à la liste de chansons posée sur le piano. C'est assez magique et excitant d'assister à un concert unique dans ses enchaînements et de surprendre Hannon lui-même très légèrement surpris à chaque fois par le suspense de la chanson suivante. Une proximité et une connivence s'installent très vite, surtout quand il s'approche vraiment de vous avec le chapeau… et le tend vers votre amoureux! Après le concert, dont je dérobe l'affiche en douce, dans un restaurant embourgeoisé mais au service diligent et courtois bien que l'heure fût tardive pour les dîners bourgeois, le Paris-Brest maison tient toutes ses promesses car le chou est tendre et bien frais, tandis que la crème se fait légère et intense en praliné.

Chapitre 4
Un weekend parisien très studieux s'annonçait puisqu'il serait question de psychanalyse lacanienne pendant deux jours. Malgré les aspérités théoriques qu'elles induisent parfois, j'ai toujours aimé écouter ces conférences érudites qui éclairent de façon souvent inattendue la clinique quotidienne. J'aime aussi entendre les récits de cure et ce qu'ils révèlent en creux avec beaucoup d'élégance et de pudeur à la fois, de celui ou celle qui la mène. J'aime ainsi m'asseoir et me laisser porter par ces discours qui au détour d'un concept savant viennent toucher quelque chose de sensible et personnel, c'est sérieux et jubilatoire en même temps. Le seul inconvénient, c'est le lieu où ces rencontres se tiennent, un bâtiment triste dans un quartier périphérique de Paris et d'où l'on ne sort pas de la journée, guettant des coins de ciel par les baies vitrées entre deux interventions. Mais pour nous récompenser de notre sérieux, le samedi soir, j'avais prévu de l'inviter à Spring, répondant à un désir très ancien étrangement lié à mon affection pour le nom du lieu, qui pour moi claquait comme une promesse.
Dès l'arrivée, les détails nous touchent: la discrétion de l'enseigne, le fait de sonner pour entrer, le sourire des serveurs, la lumière très douce autour des tables et la langue anglaise qui flotte dans l'air. Un groupe de dames à l'accent charmant finissent de dîner et pépient au-dessus de leurs tasses d'infusion en attendant un taxi, nos voisins sourient. Le menu, unique et non dévoilé à l'avance, est une suite ininterrompue de petits ravissements. Les textures, les couleurs et les parfums dessinent une cartographie du goût singulière et précise. Les huîtres se servent panées, avec un beurre très herbacé, ou crues avec du thon rouge de Saint Jean de Luz, fondant et velouté, aux côtés d'une vinaigrette de tomates très fraîche. Le rouget est nacré au milieu du pesto complexe et des olives de Kalamata, le pigeon est parfaitement rosé, son jus sombre fréquente le parfum capiteux des cèpes et le croquant acidulé des grains de grenade. Tout est assez épatant. Depuis ma place, j'aperçois la jeune femme qui s'occupe des desserts déposer avec délicatesse de très fines tranches de pomme verte sur la crème qui recouvre les carrés de gâteau aux noix, comme autant d'ailes de papillon. Mais mon dessert préféré fut cette glace au chocolat très intense qui surplombait un granité au café et des éclats de biscuits très parfumés. Ou alors cette mûre confite, seule et tentatrice, servie avec un étonnant beurre de miel. J'ai trouvé que c'était un endroit réjouissant et empli de tendresse. Après le dîner, nous sommes rentrés à pieds jusqu'à l'hôtel face au petit parc, j'aime emprunter les ponts qui enjambent la Seine la nuit.
Les conférences du lendemain matin me donnent l'impression de m'être secrètement adressées parce qu'il est question du fantasme d'un enfant à secourir, de la position de bonne élève, de la volonté d'être une fille classique. Ça alors. L'effet est tellement intense que lorsque G. me propose de sécher la fin d'après-midi pour traîner un peu au bord du canal, je dis oui tant j'en ai pris plein les oreilles et le coeur. De thé bien chaud en essayage de veste, de livres de photos en vagabondage de rue en rue, on est juste bien. Avant de reprendre le train de 22h08, je lui révèle ma botte secrète, un dîner comme dans les films d'Ozu, dans la jolie salle aux poutres sombres de Lengué. Les tempura de gambas sont épatants, les boulettes de poulet addictives, l'aubergine au miso ultra-fondante et les gyoza aux légumes bien replets et parfumés achèvent de nous convaincre. Le rythme des petites portions à commander au fur et à mesure du désir va bien avec le week end qui s'achève dans les douces vapeurs du saké. Chacun son sac à l'épaule, nous partons vers la gare bruissante des départs tardifs et dans le train ronronnant, je m'endors sur sa veste.

Après-mai, le film indispensable d'Olivier Assayas sort le 14 novembre.
Promenade est mon album préféré de Divine Comedy, surtout pour Tonight we fly et When the lights go out all over Europe.
Spring est au 6 rue Bailleul à Paris.
Lengué se cache au 31 rue de la Parcheminerie à Paris aussi.

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vendredi 13 juillet 2012

Romance anyways


Actualités brûlantes
Je lis Le lièvre de Patagonie de Claude Lanzmann (G. le lit aussi!).
Je porte tout le temps le même cardigan vert (sur une marinière en tricot fin, sur une robe à pois, à fleurs, et même une chemise à carreaux).
J'aime écraser un morceau d'avocat bien mûr sur du pain au levain, avec un peu de citron et des graines de sésame.
J'ai envie d'un tajine aux abricots (avec des amandes alors me dit-on) et de spaghetti alla vongole.
Je guette toutes les interviews de Xavier Dolan, dont la détermination à la limite de l'irrévérence chez Laure Adler m'enthousiasme et me ravit.

Temps passés fondants

Il pleut sans fin le soir du concert de Dominique A. et les feuilles déjà mortes collent au trottoir. Les gens entrés les premiers dans la salle sérieuse délaissent étrangement les places du premier rang. L'excitation reste polie. Très vite je m'ennuie, rien ne retient mon attention, l'absence de mes chansons préférées me serre le coeur, je n'écoute plus vraiment, la saturation des guitares me fait mal, je pense à autre chose, tout me parait vain, les applaudissements mécaniques m'exaspèrent, je n'aime pas l'ironie ambiante. A la sortie, deux amies discutent "Ce qui est bien c'est que quand on écoute vraiment les paroles, on se rend compte qu'il y a un sens". J'ai froid.
J'ai eu froid aussi le soir où G. m'avait confié le poste délicat de vendeuse de disques lors d'un concert dans le sud Finistère. J'ai les mains glacées et la tête qui tourne un peu au milieu des vapeurs de cigarettes. Les gens mangent des crêpes à la confiture de fraises et boivent de la bière locale. Les enfants ont le droit de se coucher tard et sirotent des verres de limonade. J'étais contente de retrouver G. descendu de scène! Nous avons grignoté des petites tartines de pâté à une heure du matin aux côtés des musiciens d'une infatigable fanfare puis j'ai adoré le long bain chaud dans la chambre d'hôtel très rétro réservée à notre égard.
Le lendemain, sur un petit marché au bord de l'eau, nous picorons du gâteau breton à la confiture de framboises et nous achetons du miel crémeux des Monts d'Arrée. Presque blanc, il se révèle redoutable sur une tartine de pain au sarrasin beurré.
Le long de la plage, peu de promeneurs, mais la mer est turquoise et le marchand de glace recueille les suffrages de deux enfants japonais lassés de leur pistolet à eau. Nous parlons des voyages de l'hiver à venir.
Au déjeuner, sur la terrasse arborée, nous abordons joyeusement les petites saucisses locales, les tomates cuisinées, l'oeuf sur le plat, la salade verte au vinaigre de framboise. Nous parlons des glaces italiennes et de la rareté de celles au citron, nos préférées*.
Nous nous frayons un chemin parmi les touristes passionnés de bols en faïence, nous rencontrons une femme qui s'insurge avec véhémence contre l'hérésie des mini kouign amann, j'abonde discrètement dans son sens. Nous nous promettons de revenir un jour pour essayer le petit restaurant italien dont on aperçoit les nappes à carreaux rouges depuis l'autre rive de la zone portuaire.
Je photographie en vain la façade du café de la Mairie, rêvant un instant d'avoir l'oeil et la technique de Raymond Depardon**. Nous achetons des conserves de poissons et il y a un grand débat sur la pertinence de repartir avec un bocal de sardines au prix tapageur. Dans un sourire, il me rappelle la tension du manque et du désir. Le soir, pour ne pas envisager un retour bouchonné, nous dînons en bord de rivière et il y a des fleurs partout, des figuiers et des noisetiers. On nous sert des langoustines et une truite aux amandes. Il dit "Avec quoi il fait rimer ça déjà dans Châtenay-Malabry?" "Ah oui, je suis déçu" suivit ma réponse.


Parce qu'aucun weekend ne se ressemble, un samedi matin je prends un train très tôt pour Paris, j'ai rendez-vous chez Claus avec quelqu'un que je n'ai pas vu depuis trop longtemps.
Devant un oeuf à la coque et un yaourt à la menthe et au thé vert, je suis ravie de constater que je n'ai pas oublié les inflexions de sa voix, ni la mèche derrière l'oreille, ni les jolies bagues. J'ai l'impression d'avoir un milliard de choses à raconter...
Nous nous sommes régulièrement égarées, en bord de canal ou dans les rues du premier arrondissement mais cela importait peu car le temps n'était pas compté et nous n'avions rien d'autre à faire que de traquer un certain sac en cuir coloré ou des bols à bibimbab (quête vaine malgré l'acharnement dont nous pouvons faire preuve dans ce genre de situation).
Nous avons partagé du fondant au chocolat au yuzu, siroté des Virgin Mojitos bien installées dans des fauteuils en velours ras, discuté avec nos voisins de table sur la pertinence de choisir l'onglet de veau ou pas (il fut énorme et extrêmement tendre, servi avec des haricots verts en abondance). Une heure avant de se quitter, devant un baba au rhum et une religieuse au chocolat, j'espérais que nous n'attendrons pas un an avant de nous revoir...



Avec G., quinze jours plus tard, j'ai revu Paris, autrement (même si nous avons fréquenté quelques endroits semblables!) et pour diverses raisons secrètes, il y aurait peu de mots qui parviendraient à traduire ce que j'ai pu ressentir durant ces journées où il a souvent plu à l'improviste et très fort à chaque fois, ce qui oblige à trouver des refuges réconfortants et aussi à se serrer un peu plus sous le parapluie sciemment trop petit.
Il y eut l'exposition Yutaka Takanashi à la jolie Fondation Henri Cartier-Bresson, absolument indispensable sauf si vous êtes susceptibles de rester insensibles devant la fumée vaporeuse au-dessus des capsules d'aluminium de bouteilles alignées, les intérieurs déserts de restaurants japonais, les couleurs tendres de pâtisseries probablement un peu trop sucrées, les reflets des usagers du métro et leurs rencontres manquées.
Pour rester dans le ton, nous sommes retournés à Azabu où nous avions déjeuné avec ravissement il y a de cela fort longtemps. C'est un endroit absolument précieux, où la délicatesse des mets rivalise avec celle des serveuses qui font preuve d'une attention et d'un raffinement rares. Le poisson cru est confondant de finesse et j'ai adoré fabriquer moi-même des petits rouleaux de saumon à l'algue nori et au poireau nouveau (les ingrédients sont gracieusement apportés sur une belle assiette). Tout était délicieux et l'okonomiyaki, bien épais, fumant et parfumé, à découper avec un couteau en bois, est régressif à souhait parce qu'il mêle savamment le sucré au salé, le croustillant au fondant. J'avais oublié combien c'était un chouette endroit! Ce soir-là, nous avons longé les grilles du Luxembourg sous une pluie fine en conversant sans fin. A notre arrivée, un orage immense a éclaté et nous avons regardé les éclairs somptueux depuis la fenêtre qui donnait sur un petit parc.

Il y eut aussi des cocktails étonnants dans la pénombre de la Candelaria, un onigiri et des fruits rôtis grignotés à Nanashi, un pastel de nata encore tiède après les expositions de la MEP, la passionnante interview conjointe de Robert Crumb et de sa femme Aline sur un écran minuscule du Musée d'Art Moderne, une table danoise qui voyagera bientôt d'une galerie scandinave au bureau de G., et dans nos esprits grisés par le charme des cafés éclatants, l'envie commune d'avoir encore pour longtemps des tilleuls verts sous la promenade.

*dans mes parfums préférés de glaces classiques (pas italiennes, en fait je n'aime plus ça du tout), je retiendrai dans le désordre: les sorbets chocolat noir et pamplemousse rose, les crèmes glacées au coco, au yaourt et fior di latte.

**avez-vous vu Journal de France? On y croise Rohmer à Biarritz lors d'une courte séquence très émouvante.

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mardi 27 décembre 2011

Les parties de Memory (les petites crèmes au chocolat de Léna)

Il déteste gentiment ce vieux manteau, je l'aime encore assez pour le porter, je l'avais acheté avec l'un de mes premiers salaires d'interne. Les mitaines avaient été choisies en son absence déplorée, s'il avait été là, j'aurais pris les bleu marine...

Un jour, Edu Simoes a décidé de photographier le contenu des gamelles de déjeuner des ouvriers d'un chantier de Sao Paulo. Il raconte que malgré leur fatigue et leur faim toutes deux fracassantes, aucun d'entre eux n'a refusé de montrer son repas préparé la veille par une femme bien intentionnée. Edu Simoes explique avec pudeur que la composition de ces boîtes rondes, rectangulaires ou carrées en disent long sur les disparités sociales des travailleurs appartenant pourtant au même chantier. Toutes les gamelles comportent des haricots ou du riz, celles des plus heureux révèlent aussi quelques ailes de poulet ou des tranches de lard, voire un peu de boeuf haché, mais parfois, il n'y a qu'un oeuf frit et surtout, les quantités me paraissent dérisoires comparées à la force physique probablement requise par ceux à qui elles sont destinées.
Cette série de photographies d'Edu Simoes est à contempler au sous-sol de la MEP, très peu fréquentée le dimanche en fin d'après-midi. Un bon moment aussi pour se sentir minuscule devant un cliché de Martine Franck où l'on voit Vieira da Silva et Arpad Szenes, très âgés, se regarder l'oeil pétillant d'amour et d'histoires communes.

Ce dimanche-là, nous avions déjeuné chez Bob de pancakes géants à la banane et aux myrtilles et d'un petit crumble au milieu de jeunes filles à pulls mous aux couleurs subtiles (moutarde tendre, vert mousse, bleu glacier).
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Par anticipation d'un voyage à venir, il voulait traîner passage Brady à la recherche de stickers particuliers. Autrefois, près de là, j'avais reconnu les fenêtres de l'appartement de Louis Garrel et Ludivine Sagnier dans Les chansons d'amour. Cette fois-ci, près d'ici, après être repartis de L'ouvre-boîte avec des bandes dessinées sous le bras, il fut décidé d'un commun accord qu'un déjeuner à Nanashi s'imposait. Dans la salle déserte, sous les lampes tricotées, aux côtés de céramiques années 50 et de cageots débordant d'oranges et de citrons, la serveuse portait un gros pull à torsades sous son tablier bleu. Tout était délicieux et délicat, très frais et parfumé. Le riz sauvage était imbibé du jus des boulettes, les allumettes de radis noir réveillaient le saumon cru. Les fruits rôtis étaient parfaits, alanguis sous la petite cuillère de crème fouettée. La serveuse a proposé en souriant un peu d'eau chaude supplémentaire pour le thé.
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Avant Diane Arbus au musée du Jeu de Paume, un petit-déjeuner tardif fut savouré dans la quiétude du canapé jaune miel de Claus dont Estérelle m'avait vraiment fait envie. Bon, le chocolat était assez quelconque mais qui saurait résister à ces petites cocottes en feutre qui cachent l'oeuf à la coque? Le yaourt maison framboise-sureau était aussi délicieux et ma voisine a osé demander quelles épices rendaient le velouté de petits pois si addictif (je n'ai pas entendu la réponse mais il était vraiment bon avec ses deux petits toasts -foie gras et saumon fumé). Surtout, le lieu est joli et calme et j'aime l'idée qu'on puisse petit-déjeuner à n'importe quelle heure de la journée.
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Sur les bords du canal, il s'agissait de se réchauffer au Sésame malgré l'expérience peu encourageante d'une amie, néanmoins racontée avec beaucoup d'humour au téléphone. Une jeune femme très blonde, nuée d'oiseaux sur son corsage rose pâle, rejoint son amoureux en parka, une adolescente se réjouit de découvrir des myrtilles dans son muffin qu'elle veut absolument faire goûter à son père un peu maladroit. Le bouquet d'anémones rose et violet posé sur le comptoir attend d'être développé. Le sourire de la serveuse est désarmant et je dévore tout ce qui compose le Droopy breakfast: le jus carotte-pomme-gingembre, le chocolat chaud, les tartines à la confiture d'abricot, le petit oeuf à la coque, en écoutant les histoires de G.
Tout près, juste après, nous passons un long moment à la librairie Artazart. J'y ai toujours un peu le vertige devant les livres de photos archi tentants (premier livre de Martin Parr, polaroïds berlinois, Depardon seul à Manhattan). J'y ai surpris G. glisser un paquet dans son sac...
Plus tard, sur les conseils de M. que j'ai été ravie de revoir dans un bel endroit, nous avons adoré à la Maison Rouge la collection Olbricht joliment intitulée Mémoires du futur. Vous verrez, entre autre, tout le long du couloir au début de l'exposition, le visage changeant des quatre soeurs Brown photographiées ensemble pendant trente-six ans à Cincinnatti. Je n'ai pas pu m'empêcher de penser aux soeurs Lisbon de Virgin Suicides qui n'ont pas eu le temps de voir leurs cheveux blanchir, les veines de leurs mains devenir plus apparentes, leur sourire se rider. Expérience étrange.
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Lui, dans son manteau anglais, moi dans ma veste en tweed trop grande, nous avons remonté à toute berzingue le Faubourg Saint Denis glacé pour aller voir Memory, une autre expérience des années perdues qui vous flouent.
Dans son nouveau spectacle, Vincent Delerm incarne le rôle de Simon, un garçon qui autrefois fut amoureux de Sandrine, une fille assez déroutante, particulièrement lors d'une fête foraine. Un garçon surtout qui ne peut pas écouter Avec le temps autrement qu'en italien sur une vieille cassette parce qu'il faut bien avouer que c'est assez insupportable d'angoisse d'entendre Et l'on se sent glacé dans un lit de hasard...Simon retient ce qui est pourtant si facilement dévolu à l'oubli nécessaire de la vie qui avance et en cela, je m'en sens assez proche. Alors qu'il évoquait déjà dans ses chansons le souvenir futile mais farouchement aggripé à une mémoire solide des moments dont certains ne comprennent régulièrement pas la nécessité personnelle (révisions du bac avec une fille au mois de juin, interclasses de volley, voyage scolaire à Sestrières, feu d'artifice sur un talus à Biarritz, vos yeux dans l'autocar, tout ce qui ne reviendra jamais), le spectacle leur laisse cette fois toute la place. Cela m'a ravie puisqu'on m'a souvent reproché de me souvenir de ce qui ne sert à rien alors qu'ici, il devient prétexte à tout.
J'ai bien aimé aussi la convocation incessante de ceux qui ont toujours habité son univers amer et doux à la fois: Woody Allen se lance dans un monologue introductif où il est question de l'âge auquel George Harrison a quitté les Beatles, Barbara et Souchon passent à la radio, Antoine Doinel va au cinéma pendant une semaine et se dit tristement que fréquenter enfin cette fille si belle, ce n'est peut-être pas aussi bien que juste convoiter cette fille si belle. Et aussi qu'il est tellement étrange d'être obsédé par quelque chose à 11 heures du matin qui n'a plus vraiment d'importance à 18 heures le même jour.
C'est dans ce décalage névrotique qu'infiltre le ravissement de la soirée, renforcé par le jeu extrêmement varié auquel se livre Delerm: il danse (revanche sur les boums immobiles), fait de la bicyclette, jongle, et manie même la raquette face à un adversaire qui n'est finalement que lui-même ou bien les fantômes des grands joueurs des années 80-90 dont il évoque les noms avec tendresse et ironie.
Ainsi, le spectacle distille aussi une légère tristesse, une vague appréhension un peu angoissante. Cela se ressent très fort dès le premier quart d'heure quand sont projetés des films de famille, récupérés par Delerm dans des vide-greniers et mis en perspective avec des images de cimetière et une chanson où le refrain répète Nous sommes vivants...Que sont devenus ces couples qui dansaient dans un salon au papier peint fleuri en attendant le gâteau d'anniversaire de quelqu'un probablement mort désormais? Qu'est devenue cette jeune fille filmée au mois d'août en fin d'après-midi? Ma gorge se serre. Elle se serre encore plus devant ce que je vois comme la mise en scène de sa disparition à lui, le visage grimé et tout blanc, s'évanouissant.
Tout cela se bousculait sous ma veste en tweed et j'étais incapable d'attendre de le voir après le spectacle.
Plus tard, je découvrais que j'aimais la glace au café, le goût de l'amer sans doute.
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Pour le retour en train, nous avions tout prévu. Petites verrines du Pain Sucre, à déguster avec des petites cuillères dorées puis une de leurs belles tourtes, à la farine de sarrasin, à réchauffer à la maison dès l'arrivée. Pour patienter, la lecture enthousiasmante de Whiskey & New York, la bande dessinée autobiographique de Julia Wertz qui décide à vingt-cinq ans de quitter San Francisco, sa vue sur la baie, ses appartements victoriens, ses hipsters cool (c'est elle qui le dit) et sa nourriture mexicaine parfaite pour aller s'installer dans divers appartements pas toujours très avenants de Brooklyn. Julia est l'incarnation d'une lose assumée, traînant ses cheveux sales et plats et son sac déchiré aux rendez-vous professionnels, se faisant renvoyer de plusieurs petits boulots, passant parfois sa journée dans des cinémas de Manhattan à s'alcooliser. Evitant soigneusement les fruits et légumes frais, elle préfère plutôt les bagels, les pizzas et surtout les bloody Mary. Julia ne mâche pas ses mots et son autodérision parfois pathétique la rend super attachante. Mon seul petit regret et de ne pas l'avoir lu en anglais!
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La veille du départ, je me souviens, il avait plu toute la journée. Avec Léna, nous nous sommes retrouvées dans un salon de thé assez nul où il n'y avait plus rien à manger (enfin, on n'avait pas très envie d'une hérétique tarte à la courgette de décembre et encore moins de la salade de pommes de terre froide aux lardons) sauf cette tarte au citron qui nous faisait un peu envie mais dont la pâte ne pouvait dissimuler sa terrible origine purement industrielle. En plus, le thé était mal infusé! Mais nous étions de bonne humeur et notre conversation se suffisait à elle-même pour nous animer (j'ai quand même pris la précaution de prévenir G. qu'il n'était pas nécessaire qu'il affronte la pluie pour nous rejoindre vu le contenu de l'assiette).
Plus tard dans la soirée, comme G. et Léna avaient réclamé en choeur du boeuf aux oignons (je ne sais plus vraiment comment nous en étions arrivés là) et qu'ils avaient fini par m'en donner envie, j'ai suggéré une boeuf aux oignons party. Bon, il était déjà assez tard et le frigo était plutôt vide puisque nous partions le lendemain alors je ne remercierais pas assez le petit traiteur grec chez qui nous avons choisi des tiropita et des beignets de légumes parfaits pour apaiser l'impatience de trois personnes qui n'avaient pas mangé grand chose de la journée. Le boucher avait gentiment détaillé de la poire (de boeuf donc) en lamelles, nous avions quelques oignons roses.
J'ai apporté les assiettes brûlantes avec une petite appréhension, j'avais à faire à de fins amateurs de boeuf aux oignons! J'ai guetté leur sourire, j'ai eu l'impression que ça leur plaisait bien, chic.
Pour le dessert autour de la table basse chinée, pas le temps ni vraiment l'envie ce soir-là de servir autre chose que les petites crèmes de Pascal Beillevaire, et aussi son riz au lait au caramel beurre salé. Personne n'était très fan du riz au lait mais avec le caramel, hmmmm, on va dire qu'il a été envisagé autrement... Quand elle a goûté la crème au chocolat, Léna a tout de suite fait le rapprochement avec celle qu'elle prépare quand son amoureux est tenté par celle de la malhonnête laitière. J'aime tellement ça que je lui ai fait promettre de me donner la recette... (que je recopie)


Les petites crèmes au chocolat de LénaPour 6 à 8 ramequins:

150 g de chocolat noir ; 50 cl lait entier ; 4 jaunes d'œuf + 1 œuf ; 80 g sucre

Faire fondre le chocolat avec un peu d'eau. Une fois fondu, ajouter le lait entier, remuer quelques minutes à feu doux, jusqu'à obtention d'un lait chocolaté.
Dans un saladier, battre les jaunes d'œuf avec l'œuf, ajouter le sucre, bien fouetter. Verser le lait chocolaté dans le saladier, mélanger.

Faire cuire 30 minutes au four préchauffé à 150°c, au bain-marie.

A priori, le point crucial est la cuisson. Privilégier les petits contenants parce qu'elle sera plus homogène et les crèmes seront bien soyeuses. Léna utilise des toutes petites tasses comme ça:


Elles sont vraiment délicieuses, à savourer debout dans la cuisine, mais aussi avec une gavotte et des quartiers de clémentine acidulée.

Bob's kitchen 74 rue des Gravilliers
L'ouvre-boîte a ouvert il y a quelques mois au 20 rue des petites écuries, à soutenir parce que c'est courageux d'ouvrir une librairie! Le libraire est charmant et la sélection très alléchante.
Nanashi 31 rue de Paradis
Claus 14 rue Jean-Jacques Rousseau
Sésame 51 quai de Valmy
Artazart 83 quai de Valmy

A bientôt!

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